Une journée de pigeon à Rio de Janeiro

Une fiction, ou presque, sur les premiers battements d’ailes d’un (pigeon) voyageur.

Premier contact avec Rio de Janeiro : l’aéroport International. Se prendre pour Belmondo et penser survoler la magnifique baie carioca, son fameux pain de sucre et la plage de Copacabana. S’offrir plutôt une vue imprenable sur un champ de pétroliers amarrés à deux kilomètres des côtes.

8h00

Sortir de l’avion, se faire tamponner un visa illisible sur son passeport. Pas de reals sur vous ? Pourquoi, au lieu de changer les quelques euros que vous avez en poche, ne pas  retirer de l’argent au troisième étage du terminal qu’aucun panneau ne signale ?

Croiser au passage un couple de français, guide Michelin à la main, qui devait passer ses vacances à la Réunion et se retrouve à Rio… Vous les coltiner et écouter leurs déboires alors que votre carte a déjà été refusée dans trois distributeurs. Entendre la femme jouer l’oracle et vous prévenir que les guichets automatiques ne sont vraiment pas sûrs au Brésil, que le pays détient la palme de réseaux de détournement de cartes bancaires. Les trouver encore plus lourds, d’autant plus que l’homme est venu se coller à vous au moment de la quatrième opération qui, Ô ! par miracle, vous sort une liasse de 500 reals, l’équivalent de 170 euros. Commencer à les trouver louches et tenter d’écarter cet individu qui a l’air de mieux retenir que vous le code de votre visa internationale que vous avez appris quelques heures avant le décollage.

Machine frauduleuse ou Rain Man des temps modernes capable de mémoriser 14.000 numéros à la seconde, l’énigme restera entière mais le résultat irréversible : vous venez d’être victime d’un piratage de carte bancaire. Mais ça, vous ne vous en apercevrez qu’une semaine plus tard… Quand on vous aura déjà pompé gracieusement 1.000 euros via le Paraguay, pays où vous n’avez jamais mis les pieds.

12h00

Arriver à votre « pousada » (auberge), sympathiser avec tous vos voisins de chambrée, laisser vos affaires en toute confiance, ne prendre que le minimum pour votre journée et vous rendre au « Corcovado ». Opter pour le petit train qui s’en va dans la montagne. La file d’attente ne paraît pas énorme. A l’achat du ticket (46 reals, soit 15 euros), on vous annonce que le prochain départ s’effectuera dans deux heures et demie. Rater la ruée vers l’ouverture des portes. Vous contenter d’une place médiocre dans le funiculaire entre un voisin qui s’extasie devant chaque mètre parcouru  (et qui filme son extase) et une jeune (très jeune) voisine qui passera son ascension à vous tirer les cheveux.

Arriver en haut. Avoir le cœur qui palpite à l’idée de rencontrer le Christ Rédempteur. Jouer des coudes à la sortie du train, dans l’ascenseur, dans les escalators, sur les deux premières dalles, les trois suivantes… Sur l’ensemble des 100m2 de parvis sur lesquels vous aurez été parqués avec 200 autres touristes pour cet instant de communion intense !

Parvenir à vous frayer un chemin entre la foule, penser avoir trouvé le meilleur spot pour immortaliser cet instant spirituel de face, de profil, de plein pied, en contre plongée, à l’horizontale, à la verticale… Et retrouver sur vos clichés une main, un nez, un mollet, une chevelure, qui, pour sûr, ne vous appartient pas. Sans parler de votre teint « friture » qui, sous 38 degrés, et au bout de 20 minutes (temps maximum conseillé), s’est déjà révélé.

16h00

La fraîcheur d’Ipanema vous appelle ! Mais pourquoi se serrer autant sur le sable fin quand s’offrent à vous des étendues totalement vierges? Ils sont fous ces cariocas ! Laisser vos affaires sur cet espace désormais vôtre pour aller jouer dans les vagues dont vous avez sous-estimé la force. Le peu de baigneurs à l’eau aurait pu vous mettre la puce à l’oreille. Vous laisser maltraiter par les tonneaux avant de revenir, sonné, à votre serviette et sac-à-dos noyés par l’une de ces déferlantes qui quelques minutes plus tôt vous écrasait sur le sol. Comprendre alors, en voyant vos voisins bien au sec, l’intérêt de ces espacements. Ils sont loin d’être fous ces cariocas.

Aller à la pêche au bus qui vous ramènera à votre auberge. Tenter d’acheter votre ticket auprès du chauffeur qui fait des grands signes et vous indique un tourniquet. Vous y précipiter et vous retrouver bloqué. Vous faire hurler dessus par une petite dame en uniforme postée sur un siège à votre droite, un tiroir-caisse au niveau de la poitrine. Comprendre que c’est à elle qu’il faut payer le droit d’accès. Sortir un billet de 50 reals pour régler les 2,75 reals que coûtent le billet et vous faire encore plus hurler dessus. Récupérer votre monnaie en vous confondant en excuses et passer avec succès l’épreuve du tourniquet. Manquer de vous étaler dans l’allée centrale. Vous venez de monter, sans le savoir, dans le bolide d’un descendant de Fangio qui semble, lui aussi, ignorer qu’il doit assurer de la manière la plus sauve possible, le transport de soixante passagers. Penser finir votre course dans un autre véhicule, dans un mur ou dans l’océan. Les virages deviennent votre pire cauchemar.

19h00

Revenir à votre « pousada », discuter avec un petit groupe de backpackers qui vous propose d’assister à un concert dans le quartier de Santa Teresa. Accepter mais les rejoindre plus tard, une fois douché, habillé et remis de vos émotions de la journée. Craindre d’avoir froid. Mettre votre veste, l’enlever, la remettre puis décider de la laisser sur votre lit. Opter pour le style vestimentaire local : tong, short et t-shirt.

Héler un, deux, trois… sept taxis ! Aucun ne semble vouloir grimper en haut de Santa Teresa. Indiquer au chauffeur un itinéraire conseillé pour éviter de faire quinze fois le tour de la ville. Vous faire avoir et payer votre course au moins 20 reals de plus que la normale.

Arriver à destination, sac en bandoulière, iPhone et autres gadgets indispensables à une virée nocturne plaqués dans vos poches. Vous apercevoir que ce que l’on vous avait décrit comme une favela s’avère être l’un des quartiers les plus branchouilles de Rio. Vous aviez pourtant préparé vos répliques face à l’agressivité d’un « Zé Pequeno » évadé de la Cité de Dieu, et entraîné vos jambes à une descente d’urgence de ces rues pittoresques.  Vous sentir comme projeté au milieu d’une foule de bobos parisiens. Avoir joué la carte de la prudence et vous être muni de peu d’argent liquide. Faire face à un dilemme de taille :  vous commander une autre bière ou rentrer en taxi. Opter pour le second choix. Vous n’avez de toute façon pas retrouvé le groupe que vous deviez rejoindre.

23h00

Revenir à votre guest-house. Trouver votre dortoir désert et constater la disparition de votre veste. Rester zen. Vous coucher, fatigué de cette longue journée et des 10.000 kilomètres parcourus en moins de 24h mais tout de même heureux d’être en voyage.

Vous endormir et dans un demi-sommeil entendre le bruit caractéristique du moustique qui vous détecte et qui ne vous lâchera pas de la nuit… Abandonner votre combat perdu d’avance. Vous réveiller à 6 heures du matin en pensant qu’il en est 11, compter vos piqûres et penser au dessein de cette nouvelle journée sous le soleil de Rio Janeiro.

*Tous les événements relatés dans cette histoire nous ont été contés ou nous sont effectivement arrivés lors de notre séjour à Rio.

Illustration :
Ray Clid (voir son blog)

Texte :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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2 réflexions sur “Une journée de pigeon à Rio de Janeiro

  1. Ah ah ah et PAF !
    M’enfin vaut mieux que tout arrive d’un coup et qu’après vous soyez tranquilles !
    Belle vadrouille, à plus !

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