Un soir de match à Diamantina

Foot et Brésil, deux synonymes. Amateurs ou non, l’ambiance emporte quiconque entre dans le périmètre d’un lieu où l’on retransmet un match. Nous en avons fait l’expérience à Diamantina.

« Do you like football ? », nous demande, avide et les yeux remplis d’espoir, Fernanda. La question fatidique. Nous feignons une réponse, en essayant de dissimuler à notre hôte que le niveau de notre passion pour le football se situe assez proche du zéro.

« Ce soir c’est jour de match ! Mon équipe joue ! », réplique-t-elle, surexcitée. Nous sommes le mercredi 13 novembre, et Cruzeiro, l’un des deux grands clubs de football du Minas Gerais, sera en effet ce soir sur la pelouse du stade de Salvador de Bahia. « Contre qui joueront-ils ? », ose-t-on. « Je ne sais pas, peu importe ! », répond Fernanda avec un grand sourire. Assise à ses côtés sur le canapé à fleurs de leur appartement, Roberta, la colocataire de Fernanda, fait la moue. Elle aussi est fan inconditionnelle de football mais elle soutient l’Atlético Mineiro, l’autre grande équipe de cette ancienne région minière du Brésil.

Les deux jeunes filles sont originaires de Belo Horizonte, capitale de l’État et troisième agglomération la plus peuplée du Brésil avec plus de 5 millions d’habitants. Elles étudient la biologie à 280 kilomètres de là à l’université de Diamantina. Aujourd’hui classée au patrimoine de l’UNESCO, cette ville est construite à flanc de collines tout comme Ouro Preto et bien d’autres anciennes cités coloniales.

Le match est prévu pour 22h. Le coup de sifflet approchant, Fernanda et Roberta se préparent. Maquillage, mini-short et mini-jupe sont de rigueur au Brésil. « Nous allons dans un petit bar qui n’est pas le plus beau de la ville mais l’ambiance y est géniale. Et pour R$ 10 (moins de 4€)  on a quatre bières (600 ml) ! », nous explique Roberta alors que nous gravissons -escaladons- l’une des rues qui mènent au bar où nous nous rendons.

« TRICAMPEÃO, TRICAMPEÃO ! »

L’endroit ne paye pas de mine. Une toile en guise d’écran géant est tendue dans le fond. Chaises et tables en plastique, murs en briques et toiture de fortune. Petit à petit le bar se remplit. Le match est quasiment gagné d’avance pour l’équipe de Fernanda qui a déjà un nombre de points largement supérieur aux autres équipes. Tout porte donc à croire qu’ils seront les vainqueurs pour la troisième fois de la Brasileirão, le championnat national. Ce soir, ils jouent contre Vitoria. Dès les premiers échanges, et alors que déjà de nombreux cadavres de bouteilles vides remplissent les caisses, l’ambiance monte. Au premier but, marqué par Cruzeiro : hurlements, chants et autres gargarismes envahissent la pièce. Dehors, les voitures, motos et bus klaxonnent.

Nous n’en saurons pas beaucoup sur la réalité technique du match ou les enjeux individuels propres à chaque joueur. Nous passerons le plus clair de notre temps dans ce bar à observer les fans qui regardent le match, à boire nos bières ou à grignoter des pasteis et autres bolinho de morue. Fernanda est aux anges, elle bondit à chaque action et chante à tue-tête avec l’assemblée : «  Nós somos loucos, somos Cruzeiro ! » (« Nous sommes des fous, nous sommes Cruzeiro »). Un hymne qu’elle essaye de nous apprendre dans son intégralité.

Que pensent ces deux supporters de la Coupe du Monde qui aura lieu dans leur pays l’année prochaine ? «  Je n’ai pas vraiment envie d’y participer. Chaque jour, des gens meurent dans les hôpitaux et on organise cet événement qui coûte un fric fou ! », tranche Roberta. Fernanda, elle, est moins catégorique : « Je sais que c’est scandaleux et que l’argent devrait aller en priorité à l’éducation ou à la santé, mais j’aime tellement le football… ! ». Mais au vu du prix des places, elle devra se contenter de regarder les matchs dans les bars. Une ambiance qui n’a rien à envier aux gradins.

Le match se termine comme il a commencé : avec la victoire des Cruzeiros. Trois buts à un. Ce soir, l’équipe de Fernanda est consacrée pour la troisième fois championne de la coupe brésilienne de football.  « Allons sur la place ! », s’écrie Fernanda dans le brouhaha du bar qui se vide ajouté à celui du défilé de voitures qui passent au dehors en klaxonnant avec la musique à fond. Sur la place proche de la gare routière de la ville c’est l’extase. Plusieurs centaines de personnes aux couleurs des Cruzeiros vont danser, chanter et boire jusqu’au petit matin. Le lendemain sera officieusement consacré jour férié, Diamantina sera au ralenti, comme la plupart de ses habitants.

Texte, photos et vidéos :
Caroline Pothier et Grégory Salomonovitch

 

Dans un salon funéraire à Serro (MG)

Cercueil « Cruzeiro »

Photo cadeau : Un exemple de la ferveur locale pour l’équipe Cruzeiro dans le Minas. Un cercueil aux couleurs de l’équipe. Vu à Serro dans un salon funéraire.

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Une réflexion sur “Un soir de match à Diamantina

  1. Le cercueil Cruzeiro est magique. Effectivement si on pouvait nourrir les gens avec des ballons et les soigner avec des petits ponts, la vie serait plus belle !

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