Inhotim, la fantaisie d’un milliardaire

Perdu au milieu de la commune de Brumadinho, située à soixante kilomètres – et deux heures de bus – de Belo Horizonte dans l’État du Minas Gerais, le site d’Inhotim est le plus grand musée d’art contemporain à ciel ouvert au monde. Une propriété de l’industriel et milliardaire Bernardo Paz.

Une surface de 110 hectares pour plus de 500 œuvres et près de 5000 espèces botaniques, l’Institut Inhotim est autant un musée d’art contemporain qu’un parc naturel préservé. Ici, sculptures et installations aux dimensions extravagantes côtoient une multitude de plantes tropicales sans dénoter dans le paysage. L’ensemble est impeccablement entretenu et agencé avec goût.

"Magic Square #5", Hélio Oiticica

« Magic Square #5 », Hélio Oiticica

Des productions extérieures, celles de Chris Burden et de Hélio Oiticica ressortent. La première, « Beam Drop », est le résultat d’une performance de douze heures où soixante-et-onze poutres d’aciers ont été lâchées du haut d’une grue de quarante-cinq mètres. Une expérience déjà réalisée au « Art Park » de New York en 1984 et comparée au travail de Jackson Pollock dans sa mouvance de l’expressionnisme abstrait. « Magic Square #5 » est de loin l’œuvre la plus colorée du parc et de fait, la plus attrayante. L’artiste carioca n’a pas réalisé cette œuvre de son vivant, mais avait pensé en 1977 un ensemble de six constructions faisant référence aux deux significations du terme « square ». La première en tant que forme géométrique, la seconde en tant que lieu public avec tout le flux de personnes qu’elle peut générer. Un pari relevé à Inhotim où les curieux viennent s’approprier chacun à leur manière l’espace.

HARMONIE ENTRE ART ET NATURE

Vingt-et-une galeries viennent ponctuer les extérieurs. Des blocs modernes venant se fondre dans l’espace. La plupart des salles d’expositions ont été conçues pour les œuvres qu’elles abritent. Des surfaces de 1.000m2 dans lesquelles tout semble possible. Priorité aux artistes brésiliens dont la réputation n’est plus à faire, mais une trentaine d’internationaux sont également représentés. Tout comme Janett Cardiff et ses installations sonores. Dans la « Galeria Praça », l’artiste britannique a reproduit le chant d’anniversaire dédié à la Reine Elizabeth, composé en 1575 par Thomas Tallis.  Disposés en cercle, une quarantaine de haut-parleurs diffusent chacun une tonalité différente, de fait que le visiteur ait l’impression que les voix s’élèvent au fur et à mesure de son passage et que l’ensemble vienne l’envelopper et l’assourdir petit à petit en son centre. L’œuvre est installée dans une salle dite temporaire – quatre le sont à Inhotim – mais vu son succès, elle sera reconduite autant de temps qu’il en sera jugé nécessaire. Autrement, les collections sont renouvelées tous les deux ans. Une programmation étudiée par l’équipe artistique du centre mais supervisée par un homme, sans qui l’endroit n’aurait jamais vu le jour.

LA FOLIE D’UN MAGNAT

Le parc d’Inhotim est la propriété de Bernardo Paz, un milliardaire de 63 ans qui a fait fortune dans l’exploitation de minerai. Sur ces terres se dressait autrefois une de ses anciennes maisons de campagne où cet homme d’affaires, amateur d’art contemporain, avait commencé à entreposer et exposer des œuvres d’artistes brésiliens. Sa collection s’est étoffée au fil des ans avant de devenir suffisante pour être exposée au grand public. Et de devenir ainsi le plus grand musée d’art contemporain à ciel ouvert au monde. Dès 2004, des visites ont pu être effectuées sur réservation. Mais le parc a réellement ouvert ses portes en 2006 et a attiré depuis un million de visiteurs.

John Ahearn et Rigoberto Torres

J. Ahearn, R. Torres

Originaire du Minas Gerais, Bernardo Paz prouve de différentes manières son attachement à sa terre natale. L’une des œuvres les plus populaires du parc est un ensemble de deux fresques représentant les habitants de Brumadinho, commune de 34.000 âmes située à trois kilomètres de la structure. Elles décrivent des scènes de vie quotidienne comme le départ de la « Rodoviaria » – la gare routière – mais également le déroulement d’un « congado », fête religieuse et culturelle propres aux « Quilombola », communauté composée de descendants d’anciens esclaves. La commune de Brumadinho en compte encore six. Parmi elles, quatre ont été reconnues par le Ministère de la Culture comme contribuant à la conservation du patrimoine afro-brésilien. L’œuvre de John Ahearn et Rigoberto Torres permet ainsi de symboliser l’importance que Bernardo Paz porte au développement socio-culturel de la localité. D’où l’ouverture en 2007 d’un Département dédié à cette vocation.

Mais de manière plus concrète, le magnat a voulu faire de son parc – dont le coût global est estimé à 380 millions d’euros – un moteur de l’économie locale. 62% des 1200 employés viennent des alentours de Belo Horizonte.  Au vu du nombre de « pousada » et de restaurants, la ville de Brumadinho semble jouir du flot touristique journalier. Reste à savoir à qui profite réellement le complexe. Car pour qu’Inhotim perdure, le parc – considéré comme une Fondation par l’Etat du Minas et comme une Organisation Non Gouvernementale par l’Administration fédérale – doit s’acquitter chaque année d’une ardoise de 13 millions d’euros.

Texte et photos :
Caroline Pothier et Grégory Salomonovitch

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s