Profession, chasseur de diamants

Belmiro est un « garimpo », un chercheur de diamants. Il travaille dans le Minas Gerais à l’extrémité nord de l’ancienne Estrada Real, la route coloniale qui permettait d’acheminer or, diamants et pierres précieuses aux ports de Paraty ou de Rio de Janeiro. Dernière étape avant une traversée de l’Atlantique avec pour destination, le Portugal. Ils seraient encore environ 2.000 « garimpos » dans la région à pratiquer de manière artisanale cette recherche de minerais qui dure ici depuis trois cents ans.

La voiture, une vieille Ford, peine à grimper la côte grossièrement pavée de Diamantina.

« Il y a beaucoup de pierres dans cette ville, mais très peu sont précieuses ! », lance Belmiro à bord de son véhicule qui traverse les rues sinueuses de cette cité coloniale qui fut la capitale du diamant au XVIIIe siècle. Son chapeau à revers laisse dépasser quelques mèches de cheveux blancs. Il a le visage tanné, le regard vif et un sourire franc. Sa barbe, taillée à la Souvarov, lui cache la moitié du visage. Belmiro est un « garimpo », un terme qui désigne communément les chercheurs d’or et de pierres précieuses au Brésil. Sa ressource à lui, c’est le diamant, et c’est ce qui fait vivre sa famille depuis plus deux cents ans.

Après être passés à proximité de l’aéroport, un coup de volant nous entraîne sur un chemin de terre rouge. À deux reprises, Belmiro s’arrête décadenasser les chaînes qui barrent le chemin. Nous nous garons finalement le long d’un portique en bois où une pancarte peinte à la main indique que l’entrée du site est interdite. Vêtu d’une chemise à carreaux et d’une paire de jeans usée, Belmiro sort de son véhicule et s’enfonce dans la savane, « calado » dans le dos -pour faire fuir les serpents- et « peneira » à la main -son outil de travail. À 50 ans, il a déjà retourné des centaines de fois la terre qu’il foule de ses vieilles boots.

« Il n’y a pas un jour, pas une saison, pas une année qui se ressemblent. Il faut chasser le diamant. Il ne se trouve jamais au même endroit. »

Son terrain de chasse est limité à un périmètre de quatre kilomètres autour de la rivière qui s’écoule en contrebas. Une décision du gouvernement fédéral du Minas Gerais qui délivre une licence de travail à ces artisans qui exploitent les richesses des sols de la région. La législation punit d’une amende de 6.000 reais (quelques 2.000 euros) et expose à des poursuites judiciaires celui qui ne respecterait pas les conditions imposées. Les terres que Belmiro fouille, avec six autres « garimpos », appartiennent à des particuliers qui n’en possèdent pas le sous-sol. D’un commun accord, il s’engage à verser 10% de commission sur ses ventes aux propriétaires quand il fait une bonne trouvaille.

UN TRAVAIL ARTISANAL

Le travail qu’il réalise est uniquement manuel. Sa seule arme est la patience. Pendant la saison humide, la rivière devient fleuve et son niveau monte de plusieurs mètres en charriant quantité de pierres qui s’entreposent au creux de formations rocheuses dues à l’érosion. En ce mois de novembre, c’est la saison sèche et les fosses sont accessibles. Au fond de chacune d’elles, les roches amassées contiennent peut-être des diamants. Pour les débusquer, Belmiro plonge son « peneira » dans l’eau et tamise le résidu qui est tombé au fond des trous pour ne conserver que les pierres les plus lourdes. Il cherche ensuite à mains nues les précieux cailloux. Mauvaise pioche, visiblement. Il crapahute ainsi de fosses en fosses et répète l’opération. Une pratique qui n’est pas sans risque. La roche se veut glissante, le courant est parfois fort et la pluie peut rendre fatale la recherche de diamants en faisant brutalement monter les eaux de la rivière.

Le travail réalisé ici par les « garimpos » est uniquement manuel, ils n’utilisent aucune machine. Leur seule arme est la patience. Pendant la saison humide, en hiver, la rivière devient fleuve et son niveau monte de plusieurs mètres en charriant quantité de pierres qui s’entreposent au creux de formations rocheuses dues à l’érosion. En ce mois de novembre, c’est la saison sèche et les fosses sont visibles. Au fond de chacune d’elles, les roches amassées contiennent peut-être des diamants. Pour les débusquer, la technique est simple, il suffit de tamiser le résidu qui est tombé au fond des trous pour ne conserver que les pierres les plus lourdes et chercher à mains nues les précieux cailloux. Mais ce n’est pas sans risque. La roche est glissante, le courant parfois fort, et la pluie peut rendre fatale la recherche de diamants dans la rivière en faisant brutalement monter ses eaux.

En hiver, Belmiro creuse la terre qui jouxte le cours d’eau. La présence de petites pierres parfaitement taillées en cube ou polygone –qu’il appelle « satellites » de diamants– indique souvent une zone diamantifère. Comme pour le travail en rivière, il doit alors tamiser la terre après l’avoir nettoyée. Belmiro tient à nous montrer le procédé en entier bien que la saison ne soit pas appropriée. Il renverse alors sur une table de bambou ce qu’il a tamisé. Armé d’une réglette en bois, il ratisse minutieusement le tas de pierres aux couleurs multiples. Certaines attirent l’œil tant elles brillent mais une fois sèches au creux de la main, elles perdent tout leur éclat. Un diamant, lui, ne le perd jamais.

La première fois que l’on découvre un diamant, on devient fou, précise Belmiro. « Dans les années 80, mon père et moi avons découvert un diamant bleu de cinq carats. Nous sommes allés directement le vendre en Suisse pour plusieurs millions. Avec l’inflation, nous avons perdu au change. Mais j’ai vécu comme un roi sans travailler pendant plusieurs années. »

La première fois que l’on en découvre un, il paraît qu’« on devient fou ».

« Dans les années 80, mon père et moi avons découvert un diamant bleu de cinq carats. Nous sommes allés directement le vendre en Suisse pour plusieurs millions. Avec l’inflation, nous avons perdu au change. Mais j’ai vécu comme un roi sans travailler pendant plusieurs années. »

 « NOSSA VIDA É UM JOGO »

Le train de vie de Belmiro n’est aujourd’hui plus fait de tant de fastes. Les diamants sont rares. Il peut rester des mois sans voir la lueur de ce caillou précieux. Lorsqu’il en découvre d’infimes fragments, il les vend à Diamantina pour une centaine de reais (environ 30 euros).

Dans sa poche, Belmiro nous montre sa dernière trouvaille : un diamant brut de couleur « champagne » de 2,5 carats. Il pourra en tirer 1.500 reais (500 euros).

L’homme a cultivé sa part de mystère tout au long de notre rencontre. A la question « Où vis-tu ? », il nous répond :

« J’ai un pied ici et un pied à Diamantina. Mais je n’ai qu’une seule femme ! »

Pour se dévoiler davantage, Belmiro nous fait signe de le suivre à quelques pas du lit de la rivière. Une grotte se dessine, renfoncement dans lequel il a aménagé un campement de fortune. Cinq tiges de bambous en guise de lit et un pot de margarine vide comme oreiller.

« C’est dans la nécessité que naissent les plus grandes inventions ! »

Sous le feu –qu’il arrive à attiser toute la nuit et dont la fumée éloigne les bêtes– se dissimule une cachette. Il en sort une bouteille d’eau de vie dont il boit une rasade, clin d’œil et sourire à la clé. Belmiro se baisse attiré par un reflet. Il ramasse alors une pièce de dix centimes de real en riant.

« Je n’aurais peut être pas trouvé de diamant, mais j’aurais au moins trouvé de l’argent ! »

Sarcastique jusqu’au bout, il se voudra plus grave sur le chemin du retour. Avant de disparaitre dans les rues grimpantes de Diamantina, il nous lancera avec un regard ferme :

« Je suis certain que cette année je trouverai la pierre qui me rendra riche. »

 

Textes, photos et vidéos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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4 réflexions sur “Profession, chasseur de diamants

  1. Oyé vagabonds ! Quelle envie ! Très chouette récit, même si je trouve ça presque un peu trop propre pour un carnet de voyage… 🙂 des bizhous

  2. Je ne sais pas qui de Greg ou de Caro, c’est peut-être un brillant mélange, mais j’aime beaucoup la façon dont c’est écrit. Il y a des phrases et des tournures très belles. Merci en tout cas de partager ce que vous voyez.

  3. Sympa cet article ! Personnellement je pense que les gens comprendront un jour que les cailloux, silex et autres pierres délaissées ont autant de valeur que les diamants…
    Je laisserai la parole à Léo Ferré pour conclure ce commentaire :

    « Tu prends une pierre dans ta main
    Personne n’y a jamais touché… tu te rends compte ?
    Une pierre vierge pour toi tout seul éternellement
    L’adultère chez les pierres que tu marries
    Comme ça très vite c’est rare c’est rare…
    Une pierre ça s’accroche… comme les étoiles
    Tu as déjà vu des étoiles à toi se barrer avec un particulier ?
    Dans une galaxie de passe ? « 

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