Un amateur d’américaines et d’européennes

Rencontre avec Jorge Cirne, l’un des plus grands collectionneurs brésiliens de voitures anciennes, qui possède également la plus vieille des « Fusca », nom donné à la Coccinelle de Volkswagen au Brésil.

Dans l’arrière-cour d’un « sex-motel », dans la banlieue de Salvador, la porte d’un garage s’ouvre sur des carrosseries scintillantes. C’est ici que Jorge Cirne entrepose une vingtaine de véhicules de collection sur les quatre-vingt six qu’il possède. Il est le plus grand collectionneur de véhicules anciens du nord du Brésil. Le motel, dont les chambres se louent à l’heure, il en est l’un des gérants. Collectionner des voitures anciennes est pour lui une passion qu’il peut cultiver au plus près de son lieu de travail. Dans cette cour qui lui sert d’atelier, il emploie six personnes, rémunérées grâce aux revenus engendrés par la location de certains véhicules.

Chevrolet, Jaguar, Volkswagen, Porsche, Rolls-Royce, Ford… Toutes ses voitures fonctionnent, il en a restauré la plupart lui-même, parfois au terme de plusieurs années de travail. Même les camions et pick-up qui servent à transporter les voitures sur les lieux d’exposition sont des pièces de collection, que Jorge astique minutieusement.

Recluse dans un coin du garage entre d’imposantes américaines, la moins luxueuse de toutes ses voitures est timidement garée. Une Fiat 126 datant de 1972, le plus petit modèle de la marque italienne. L’histoire de son acquisition est plus qu’anecdotique. Un prêtre italien parti en mission au Brésil à la fin des années 70 avait décidé d’emmener son auto bien-aimée avec lui. Après un an passé sur le sol brésilien, son véhicule n’était plus autorisé à rouler dans les rues d’Itabuna. Le prêtre l’a alors abandonné devant l’église où il officiait jusqu’à ce que Jorge la remarque et la lui rachète, une dizaine d’années plus tard.

UN MARCHÉ PROTÉGÉ

Les collectionneurs sont rares au Brésil, peu de gens sont attirés par les véhicules anciens et préfèrent acheter des 4×4 rutilants ou de petites citadines. Une difficulté s’ajoute pour celui qui souhaite faire collection de voitures anciennes : le prix de l’importation. Pour favoriser les industries automobiles à produire leurs véhicules sur le territoire national, le gouvernement brésilien a interdit les importations dans les années 70. Aujourd’hui encore, il est interdit d’importer un véhicule mis sur le marché il y a moins de 30 ans. La modification des papiers originaux est donc monnaie courante et pour acquérir une voiture fabriquée hors du Brésil, il faut reverser à l’Etat des taxes qui peuvent s’élever jusqu’à 30 ou 40% du prix d’achat.

Cette situation a poussé un constructeur brésilien à vendre une voiture baptisée la MP, pâle copie de la MG qui faisait fureur dans les années 70 en Angleterre. Seules différences –hormis la qualité- les ouvertures sur le capot sont factices car contrairement au modèle anglais, la MP est une traction arrière, d’où un coffre un peu plus large pour pouvoir accueillir un moteur Volkswagen. On ne compte qu’une seule marque automobile brésilienne : Gurgel. Mais l’entreprise a rapidement fait faillite face au design de ses modèles peu fameux et à la concurrence de constructeurs étrangers, tel que Volkswagen aujourd’hui encore numéro un des ventes.

Des VW on en croise à chaque coin de rue. Des Gol surtout, l’équivalent de notre Golf. La  marque allemande a créé des modèles particuliers pour le Brésil, tel la Voyage. Mais la plus vendue d’entre toutes fut la célèbre Coccinelle.

UN AMOUR DE FUSCA

La VW Type 1, nom officiel de la Coccinelle, est omniprésente au Brésil. Les premiers modèles ont été importés. Puis VW a lancé une production au Brésil entre 1952 et 1986. Ici, on la surnomme affectueusement Fusca. Un mot qui signifie Coccinelle mais qui désigne aussi une balle de fusil, eut égard, dans les années 50, à la rapidité du véhicule à se mouvoir dans les rues des villes.

En 1994, le Président Itamar Franco -à l’instar d’Adolf Hitler lorsqu’il demanda à Ferdinand Porsche de créer un véhicule pour le peuple, demande qui aboutira à la production de la Coccinelle en 1938- a voulu faire de la Fusca le véhicule du peuple et a convaincu la marque allemande à relancer une production. La série de Fusca construites entre 1994 et 1996 sera ainsi baptisée « Itamar », mais elle ne connaitra pas le succès attendu, face aux nouvelles citadines mises sur le marché brésilien, plus sûres et moins chères.

Jorge possède une dizaine de Fusca, il se targue d’en avoir une de chaque décennie. Mais sa plus grande fierté est un modèle de 1949, la plus vieille Fusca présente au Brésil. Difficile de retracer sa véritable histoire, mais elle a vraisemblablement été importée à l’époque en pièces détachées puis assemblée sur le territoire brésilien. Toutes ses pièces sont originales, mais pour l’avoir, Jorge a dû faire preuve de patience et de persuasion. Son propriétaire, un homme vivant dans le Sud du Brésil, ne voulait pas s’en séparer. A force de voyages et de propositions, Jorge lui a finalement racheté pour une somme modique alors que le véhicule se vendrait aujourd’hui 20.000 euros. Un prix dérisoire comparé à la valeur de ses Rolls Royce et autres Jaguar. Mais pour Jorge, la Fusca est avant tout un coup de cœur. C’est la voiture qu’il préfère malgré tous ses impressionnants véhicules de collection.

Texte et photos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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