Liberdade, quartier japonais de São Paulo

Avec plus d’1,5 million d’habitants originaires du Japon, le Brésil compte la plus grande communauté nippone au monde hors du Japon. C’est à São Paulo que l’on trouve le plus de Nikkeis, plus précisément dans le quartier de Liberdade, situé au centre de la ville.

Au sortir de la station de métro Liberdade (prononcer « Liberdadje ») à deux pas de la Cathédrale de Sé en plein cœur de São Paulo, l’agitation bat son plein. Ici, les kiosques à journaux ont troqué leurs tabloïds à sensation pour des titres en japonais, les réverbères sont rouges et arborent une rangée de lanternes à la place des traditionnels spots, et sur les enseignes le japonais a remplacé le portugais. Les lanchonetes laissent la place aux restaurants asiatiques dans ce quartier.

La communauté japonaise à élu domicile à Liberdade à partir des années 20, et aujourd’hui ce sont autant de chinois et de coréens qui s’installent ici. Si sur ses 12 millions d’habitants, « Sampa » compte près de 330.000 Nikkeis, le Brésil accueille la plus grande diaspora japonaise au monde avec plus d’1,5 million de personnes. Une immigration volontaire qui remonte à la fin du XIXe siècle.

MAIN D’OEUVRE AGRICOLE

Les premières relations entre le Japon et le Brésil se sont instaurées en 1894. Les « Patriarches », premiers japonais à s’installer au Nouveau Monde, étaient alors attirés par l’essor des plantations de café, florissantes dans l’État de São Paulo. Face à la crise économique au Japon, les opportunités de travail qu’apportait le secteur du café ont conduit à une première vague d’immigration de travailleurs japonais vers le Brésil. C’est ainsi qu’en 1908, 781 passagers ont embarqué à bord du « Kasato-Maru », ancien navire de la flotte russe, à destination du port de Santos. Les trente années qui ont suivi ce voyage ont été marquées par l’immigration de 200.000 japonais sur le sol brésilien.

Entre 1930 et 1935, un bateau partait chaque mois à destination du Brésil. La traversée pouvait durer quarante-cinq jours en empruntant les voies du Pacifique par le canal de Panama et jusqu’à soixante-cinq jours en passant par l’Océan Indien et Cape Town.

Si les pionniers ont servi de main d’œuvre dans les plantations de café, les immigrés japonais ont pu faire partie intégrante du développement de l’agriculture au Brésil, rachetant petit à petit des fermes et introduisant de nouvelles techniques et pratiques agricoles. On leur doit également la présence de certains fruits, tels le kaki ou la tangerine. Aux dires de certains historiens, les japonais du Brésil auraient permis l’expansion de la culture intensive mais aussi l’industrialisation du pays. Et les premières coopératives brésiliennes auraient été créées à l’initiative d’agriculteurs japonais.

Malgré tous ces apports, les relations entre le Brésil et le Japon se sont tendues pendant la Seconde Guerre Mondiale.

IMMIGRATION SUSPENDUE

Alors que la Guerre du Pacifique fait rage, les populations originaires d’Allemagne et du Japon vivant au Brésil tombent sous le coup de la répression. En 1941, un décret leur interdit de parler leur langue et en 1942, les relations diplomatiques entre le Brésil et les pays de l’Axe sont interrompues. Jusqu’en 1950, la confiscation des biens a été une pratique courante et l’immigration était alors, de fait, suspendue.

Il a fallu attendre 1953 pour que les liens soient renoués et pour permettre l’arrivée de 60.000 nouveaux immigrés japonais. Des divergences naitront alors entre la première génération de migrants et celle d’après-guerre. Les années 50 marquent aussi l’apparition de la génération des Nisseis, premiers japonais à naitre sur le sol brésilien.

Aujourd’hui, la communauté japonaise installée au Brésil est parfaitement intégrée. Elle est très présente dans les secteurs des nouvelles technologies et de la métallurgie. Quatre cents compagnies japonaises sont implantées sur le sol brésilien. En politique aussi les Nikkeis et Nisseis ont su faire leur place.

Le premier japonais à faire son entrée dans l’appareil politique brésilien a été Yukishigue Tamvra élu député en 1955. Des postes de ministres d’État en matière d’Industrie (en 1969), d’Énergies (1974) et de Santé (1989) se sont vus attribués à des brésiliens d’origine japonaise. Enfin, en 1996, Cassio Taniguchi est devenu le premier préfet d’une capitale d’État (Curitiba dans le Paraná) à être issu de la communauté japonaise.

Ces pages d’histoire commune entre le Japon et le Brésil ont conduit à une forte présence japonaise sur le territoire, jusqu’en Amazonie. Une communauté très en prise avec la société brésilienne que ce soit dans le domaine culturel, économique ou politique.

Texte et photos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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4 réflexions sur “Liberdade, quartier japonais de São Paulo

  1. Bonjour. Connaissez vous des endroits pas chers ou rester quelques temps a Rio de Janeiro ou il y a du personnel parlant japonais. Mon amie est japonaise.

  2. Bonjour !

    Je compte aller demain dans Liberdade pour mon dernier jour à Sao Paulo. J’ai envie de voir ce petit Japon Brésilien et manger Japonais car ça me manque un peu :). On m’a parlé d’un buffet à volonté à 100 Reis pour deux personnes donc j’espère le trouver. Peut-être le connaissez-vous ?

    Je voyage moi aussi en Amérique du sud si vous voulez faire un tour sur mon blog 😉 http://oeilduvoyageur.com

    • Merci pour votre message. Malheureusement nous ne connaissons pas ce resto. A voir dans le quartier il y a du choix ! Bon voyage, nous irons visiter votre blog avec plaisir.

      • Merci quand même ! J’ai trouvé un resto à volonté pour 54 réais, pas trop loin du métro Libertade.

        Je suis à Rio maintenant et on peut aussi y manger japonais. J’essayerais sûrement ici aussi !

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