Une nuit de pigeon en Couchsurfing (II)

Vous vous êtes délectés des aventures du pigeon voyageur dans l’antre de Gertruda ? Vous allez savourer celles qui suivent chez des fans d’électro à São Paulo.

Trouver des hôtes en Couchsurfing dans l’immense São Paulo ça n’a pas de prix. Surtout quand ceux-ci habitent une maison de plain-pied dans le quartier branchouille de Vila Madalena.

Vous faire accueillir par M., la femme de ménage, qui vous installe dans le salon en attendant l’arrivée des occupants des lieux.

Vous amuser à jour les profilers en passant en revue la décoration. Vos déductions relèvent d’un niveau Bac +5. Grinder sur la table : des fumeurs de joints. Cadavres de bouteilles : des fêtards. Guitares, saxo, harmonicas et claviers : des mélomanes. Xbox et GTA 5 : des mecs, des vrais, capables de passer la nuit à jouer à la console.

Faire la connaissance de vos deux hôtes, B. et F., quatre heures plus tard. Sympathiser rapidement avec eux et leurs amis. Descendre ensemble des litres de bière au cours de la soirée. Pousser la chansonnette sur un air d’Édith Piaf insufflé par B. à la guitare. Créer son petit effet sur l’auditoire. Recevoir trois invitations différentes pour vous éviter de passer les Fêtes seul. Vous sentir comblé par cet élan d’hospitalité. Décliner cependant une sortie en boîte, « la meilleure de Sampa et de l’Amérique Latine », les discothèques n’étant pas trop votre tasse de thé. Aller vous coucher, tout comme le reste de la troupe, sur les coups de quatre heures du matin, content d’avoir fait de nouvelles rencontres et d’avoir tissé des liens.

RÉVEIL ÉLECTRO

Vous réveiller en sursaut à 7h du matin par les 120 dB des baffles du salon. La boîte de nuit où vous avez refusé de vous rendre semble être venue à vous. Essayer de vous rendormir. En vain. Sortir de votre tanière au bout d’une heure. Ouvrir la porte et atterrir dans un clip des Village People, revisité façon électro. Observer bouche bée ces huit énergumènes tout de fluo vêtus et tout de sueur dégoulinants se trémousser sur ce dance-floor improvisé. Ne pas en croire vos yeux bien que vos oreilles vous ramènent directement à la réalité.

B. se jette sur vous, tremblant. L’entendre imperceptiblement se confondre en excuses et justifier cette sauterie matinale par l’ingurgitation de deux ecstasy nécessitant le besoin vital d’écouter de la musique fort, très fort. B. vous tend alors une boite de Tic Tac remplie d’une dizaine de pilules bleues. Penser qu’il est un peu trop tôt pour un « drop ».

Vous rendre dans la cuisine pour prendre votre petit déjeuner. Refuser poliment, en guise d’accompagnement de vos yaourts et céréales, rails de cocaïne, whisky et joints.

Laisser cet after battre son plein et partir à la découverte de « Sampa » avec un étrange bourdonnement dans les oreilles.

Chercher, en vain, tout au long de votre pénible journée, des boules Quies en prévision d’une autre matinée agitée. Et prier secrètement pour que les fêtards ne remettent pas ça le lendemain.

Rentrer à la maison. Apercevoir B. qui sort en trombe vous souhaitant au passage une bonne soirée. Penser qu’il s’est bien remis de ses aventures matinales. F. semble lui bien occupé avec une autre Miss Q. que celle de la veille. Après avoir essayé d’engager la conversation, les voir se lever et vous souhaiter également une bonne soirée sur le pas de la porte. Miss Q. l’intéresse certainement plus que vous.

Vous retrouver seul, dans cette grande maison, avec pour seuls compagnons Marley et Marla, deux adorables chats persans qui semblent, eux-aussi, apprécier le calme retrouvé.

Vous sentir un peu « has been ». B. et F. doivent vous trouver vieux jeu pour ne pas vous emmener en soirée. Quoique vous auriez été de trop en compagnie de Miss Q. et un gros boulet raide comme un piquet en boite électro…

Mater cinq épisodes d’affilé de votre série du moment. Hypnotisé, vous en oubliez de manger. Aller vous préparer des pâtes et vous dire : « après, au lit ! ».

Voir tout à coup débarquer B. alors que vous vous apprêtiez à engloutir votre dernière fourchetée de macaronis quatre fromages. Avoir la nette impression que vos plans de « papy-mamy vont au lit à 1h du matin » ne se dérouleront pas comme prévu. B., 10 minutes et deux excta plus tard, confirmera votre pressentiment avec un large sourire : « You guys are not going to sleep tonight. 35 people are coming to make a party! Come on, let’s start! ». Penser qu’il aura au moins eu la décence de vous prévenir cette fois-ci.

ET C’EST REPARTI !

Trente-cinq personnes envahissent effectivement la maison. En deux minutes, une table de mixage est installée, les enceintes vomissent de l’électro et les mâles ont tous tombé leurs t-shirts exhibant leurs bustes bodybuildés couleur carotte. Les ampoules du salon et du couloir ont été troquées par des lumières noires donnant un tout autre charme à la scène et révélant, sur les murs que vous pensiez blancs immaculés, des phallus en tout genre, feuilles de cannabis, et autres dessins psychédéliques.

Vous sentir battu d’avance. Comment rattraper le degré d’alcoolémie et/ou de défonce de vos invités ? Boire timidement une bière puis une deuxième, essayant de vous mettre dans l’ambiance. Refuser de nouveau le contenu de la boite de Tic Tac que B. agitera à trois reprises sous votre nez.

Sentir la pluie tomber et vous surprendre à déplacer à l’abri les vêtements que vous aviez étendus dans le patio. B. ne manque rien à la scène et vous trouve surréaliste. Mais qui l’est le plus ?

Apercevoir Marley et Marla réfugiés sur le toit. Vous sentir dans la même galère et vous amuser à penser qu’ils vont peut-être vous sortir de là. Mais non, Marley et Marla ne sont que des chats.

Penser à des recours possibles : faire sauter les plombs, appeler anonymement la police, renverser malencontreusement votre bière sur les platines. Finir par vous carapater dans votre chambre.

Penser que le sommeil aura raison de vous et que vous vous endormirez malgré le raffut. Essayer toutes les positions possibles. Mais pourquoi est-il si difficile de se boucher les deux oreilles en même temps allongé dans un lit ? Morphée volera tout de même à votre secours au bout de deux heures de lutte.

Vous réveiller de nouveau en sursaut à 7h du mat’. L’arrêt soudain des baffles venant rompre le doux bercement dans lequel vous vous étiez installé.

Vous rendormir.

Vous réveiller trois heures plus tard avec une enclume à la place de la tête et arpenter tout de même les avenues interminables de São Paulo.

Revenir à la maison, une boule au ventre mais cette fois-ci avec des boules Quies. Trouver F. affalé sur le canapé en compagnie de Miss Q. n°1 lui massant amoureusement les épaules alors que lui est plongé dans le monde merveilleux de GTA 5.

Lui annoncer que vous reprendrez la route le lendemain pour passer les Fêtes au calme. B. qui vous avait d’ailleurs invité à passer Noël a déjà décampé dans sa famille. L’image d’un chapon fourré aux excta s’envole alors.

F. vous propose alors de manger un bout. La cuisine ressemble à un champ de bataille. Commencer à y mettre de l’ordre. F. vous stoppe net vous disant tout naturellement que M., leur femme de ménage, est là « pour ça ». Avoir de l’empathie pour cette femme qui doit s’arracher les cheveux chaque lundi devant une telle porcherie.

Décidément vous n’avez pas la même façon de voir les choses mais vous aurez déjà plié bagage le lendemain avant que M. ne devienne chauve.

Illustration :
Ray Clid (voir son blog)

Texte :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

Les précédentes aventures du pigeon :
Une journée à Rio de Janeiro
En Couchsurfing chez Gertruda

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2 réflexions sur “Une nuit de pigeon en Couchsurfing (II)

  1. Ou la la, je n.ai ni l.âge ni le tempérament pour affronter de telles aventures nocturnes, vous non plus semble t.il? Les nuits sont plus paisibles en rase campagne.

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