Un nazi dans la ville

Erich Priebke aura vécu quarante années à l’ombre de la Cordillère de Andes. Ce capitaine SS s’était réfugié à Bariloche, en Argentine, à la chute du IIIe Reich. Une destination prisée par les anciens criminels de guerre nazis.

En octobre 2013, Erich Priebke tout juste centenaire rendait l’âme en Italie. Cet ancien capitaine SS, accusé d’avoir participé à Rome en 1944 au massacre de 335 civils italiens avait été arrêté en 1995 à Bariloche, en Argentine, puis condamné à la prison à vie. Une peine commuée en réclusion à perpétuité à son domicile en raison de son grand âge.

Dès la chute du IIIe Reich et pendant près de quarante ans, Erich Priebke aura vécu une vie paisible à Bariloche. Une petite ville huppée aux airs de Bavière et de Suisse, édifiée en bordure d’un lac et face aux montagnes de la Cordillère des Andes. Erich Priebke, exilé sous un faux nom, y avait ouvert une boucherie, Viena Delicatessen. Sa notoriété l’a même amené à présider l’Association Culturelle germano-argentine et à devenir un membre influent de ce Collège allemand de Bariloche.

« Bariloche était un paradis pour les Nazis dont la présence était un tabou. Aujourd’hui, les vieux Allemands se sont murés dans un pacte de silence. Personne ne veut raconter l’histoire des parents ou grands-parents. Personne ne veut avoir un nazi dans la famille, même mort », explique Abel Basti, auteur de plusieurs ouvrages controversés sur les Allemands de Bariloche, au journal Le Parisien.

Mais comment était-il arrivé là ? Entre 1945 et 1955, sous la présidence de Juan Perón,  l’Argentine, pays neutre pendant la Seconde Guerre Mondiale, est devenue la destination de prédilection des anciens nazis à la fin du IIIe Reich. Adolf Eichmann, sans doute le cas le plus connu, sera arrêté à Buenos Aires en 1961 par les services secrets israéliens. Il vivait et travaillait là sous le nom de Ricardo Klément depuis onze ans.

« LAS RUTAS DE LAS RATAS »

L’exil d’anciens dirigeants nazis a été favorisé par l’anticommunisme ambiant de la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Des itinéraires pour fuir l’Europe, surnommés « las rutas de las ratas » (les routes des rats), seront mis en place grâce au soutien de la Croix Rouge Internationale et de l’Eglise catholique. A l’époque, tout vaut mieux que les communistes, et cela est aussi vrai en Amérique latine. Adolf Eichmann, Josef Mengele ou encore Ante Pavelic sont ainsi entrés en Argentine avec des passeports émis par la Croix Rouge. Emmanuel Michaud, dans sa thèse sur l’exil des anciens nazis en Argentine, explique que Erich Priebke aurait bénéficié de l’aide d’un prêtre du Vatican que son poste de capitaine de la SS à Rome, chargé de la lutte anticommuniste et antifasciste, aurait amené à fréquenter.

Dans son travail, Emmanuel Michaud cite le cas de criminels de guerre employés comme collaborateurs du président argentin : « Branko Benzon, cardiologue, Ambassadeur de Croatie à Berlin pendant la guerre, devient le conseiller technique de Juan Domingo Perón concernant les questions de santé, il travaille à l’Hôpital allemand de Buenos Aires et va aider les criminels de guerre Oustachis à entrer en Argentine grâce à ses relations avec la Direction des Migrations. On peut également mentionner le cas de Georges Guilbaud, l’ancien leader du parti d’extrême-droite français le PPF (Parti Populaire Français) et chef de la Milice dans le Nord va devenir le conseiller financier de Juan Domingo Perón, il sera en charge de la réforme du secteur bancaire argentin. » (source).

Juan Perón, fasciné par Mussolini et critique vis-à-vis des procès de Nuremberg, aurait plutôt laissé faire par pragmatisme : l’arrivée en Argentine d’exilés hauts placés, dotés de nombreuses compétences et surtout de capitaux, est vue comme un atout pour l’économie argentine.

« ¡HOLA HITLER! ¿QUE TAL? »

Mais l’Argentine n’était pas le seul pays où les ex nazis trouvaient refuge. Au Chili, à Colonia Dignidad, l’ex fonctionnaire SS Paul Schaeffer est allé jusqu’à fonder une secte devenue un lieu de torture sous la dictature du général Pinochet. Cet endroit est aujourd’hui reconverti en village de vacances.

Joseph Mengele, « L’Ange de la Mort », s’est réfugié jusqu’à la fin de sa vie en 1979 au Brésil. L’ancien médecin d’Auschwitz aurait pratiqué des expériences sur la gémellité à Cândido Godói, ce qui expliquerait le taux élevé de jumeaux naissant dans cette localité (en savoir plus).

Des tas de rumeurs circulent encore aujourd’hui sur la présence d’anciens nazis en Amérique latine. Selon Abel Basti, Adolf Hitler lui-même ne se serait pas suicidé mais serait venu s’installer, accompagné d’Eva Braun, dans un chalet à 80 kilomètres de Bariloche à la chute du Reich. De quoi intriguer, et surtout booster les ventes de son livre : Le Bariloche Nazi : guide touristique.

Texte :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

Sur la photo :
Erich Priebke pendant la guerre

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Une réflexion sur “Un nazi dans la ville

  1. Je cite : « Au Chili, à Colonia Dignidad, l’ex fonctionnaire SS Paul Schaeffer est allé jusqu’à fonder une secte devenue un lieu de torture sous la dictature du général Pinochet. Cet endroit est aujourd’hui reconverti en village de vacances. »

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