Le retour de la « Mère Michelle »

Trois mois après l’élection présidentielle chilienne, Michelle Bachelet, 63 ans, a pris ses fonctions ce mardi 11 mars 2014. C’est la deuxième fois de sa carrière qu’elle accède à la tête de l’Etat. Un second mandat qui marque le retour de la gauche au pouvoir après quatre années de présidence de Sebastián Piñera, seul interlude de droite depuis le rétablissement de la démocratie en 1990.

La foule s’amasse le long des barrières en face du palais présidentiel chilien, La Moneda. Les drapeaux bleu-blanc-rouge côtoient les drapeaux des partis socialistes et communistes. Le nom et le portrait de la nouvelle présidente du Chili sont partout : Michelle Bachelet. Des vendeurs d’objets en tout genre à son effigie haranguent la foule : « banderas », badges, écharpes, photos. Ce mardi 11 mars est le jour de la passation de pouvoir entre celle que l’on surnomme affectueusement « Mamí Michelle », élue présidente en décembre dernier, et Sebastián Piñera, qui achève son mandat.

« Mamí Michelle, parce qu’elle a un côté protecteur et rassurant, mais elle sait aussi taper du poing sur la table et faire valoir son autorité. Comme une maman ! », explique Juan qui travaille pour la Conaf (organisme qui gère les parcs nationaux au Chili) dans le région de Chaitén au Sud du pays.

Médecin, membre du gouvernement d’Union Populaire de Salvador Allende, torturée sous la dictature de Pinochet, puis exilée, Michelle Bachelet occupera successivement les fonctions de Ministre de la Santé et Ministre de la Défense dans les années 2000. En 2005, elle devient la première femme présidente en Amérique latine. La Constitution chilienne interdisant au chef de l’Etat d’effectuer deux mandats consécutifs, elle  ne se représentera qu’en 2013. Elle sera élue à la tête de la coalition de gauche avec 62,16% des voix au second tour. Un score honorable mais entaché d’un fort taux d’abstention (58%).

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Ce mardi 11 mars, au Congrès à Valparaiso, le Président sortant, Sebastián Piñera, leader de droite, entrepreneur multimilliardaire surnommé le « Berlusconi chilien », a quitté ses fonctions. Et c’est la nouvelle Présidente du Sénat, Isabel Allende, fille de Salvador Allende, qui a remis à Michelle Bachelet l’écharpe tricolore.

« Piñera c’était le Président des plus riches. Mais c’est un clown, il n’a rien fait et il n’a fait que mentir. Et il croit que les chiliens sont dupes ! Mais non, nous ne sommes pas dupes », sourit Mariella, infirmière dans la région de Santiago.

Pour l’événement, la majorité des chefs d’Etats sud-américains était présente. Dont les deux autres femmes présidentes du continent : Dilma Roussef pour le Brésil, et Cristina Kirchner pour l’Argentine. L’absence remarquée de Nicolas Maduro, le président vénézuélien a fait jaser dans les médias. Face aux violents troubles qui agitent ce pays, Michelle Bachelet suit le principe de non-ingérence. Par ailleurs, aucun chef d’Etat ou représentant de chef d’Etat européen, socialiste fût-il, n’a jugé bon de faire le déplacement.

PROMESSES À TENIR

Le gouvernement fraîchement nommé de Michelle Bachelet va devoir s’attaquer rapidement aux réformes promises durant la campagne. Celle de rendre gratuit d’ici à six ans l’accès à l’éducation, y compris à l’université, est très attendue de la part des étudiants qui depuis 2011 manifestent régulièrement. Une réforme constitutionnelle est également à l’ordre du jour, la Constitution actuelle ayant été adoptée en 1980 sous Pinochet. Pour cela la « Mère Michelle » devra la jouer fine et gagner le soutien d’élus indépendants et de droite pour obtenir la majorité nécessaire.

Au sein de la communauté Mapuche, on ne se fait pas trop d’illusions. Seul peuple indigène d’Amérique latine à avoir fait face à l’envahisseur espagnol avant d’être sévèrement réprimés dans le sang après l’indépendance du Chili, les Mapuches sont depuis Pinochet sous le coup d’une loi anti-terroriste. Leurs actions de revendication, parfois explosives, sont considérées comme des « atteintes à la sûreté de l’Etat ».

« Les Mapuches revendiquent leurs terres en brûlant les machines, les champs, les maisons des propriétaires terriens. Ces derniers vont travailler dans leurs exploitations avec une escorte de policiers surarmés. Notre commune est de gauche et sous Piñera on nous a coupé les subventions. Avec le retour de Bachelet, on aura les moyens de mener une politique intelligente pour sortir de cette situation. » C’est Patricio qui parle. Il travaille pour la municipalité de Collipulli, une commune de 20.000 habitants en territoire mapuche, plus connue pour son viaduc que pour ses zones de non-droits.

Au balcon de La Moneda, consciente des défis qu’elle doit relever au cours de ces quatre prochaines années, Michelle Bachelet redonne espoir à ses partisans venus l’acclamer avec comme leitmotive justice et équité. Ses électeurs attendent d’elle qu’elle accomplisse les cinquante réformes promises dans la continuité de son premier mandat.

Texte et photos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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2 réflexions sur “Le retour de la « Mère Michelle »

  1. Écrivain talentueuse Isabel Allende Bussi, la nouvelle présidente du Sénat ? Non, vous lui attribué là une qualité de sa cousine.

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