Un pigeon dans le « blue »

Avant de poser le pied sur le sol argentin, mieux vaut vous renseigner sur l’économie du pays. Vous aurez ainsi le choix de convertir vos deniers au marché officiel et de vous faire entuber, ou de vous en remettre au marché noir et de devenir le roi du pétrole…

Vous aventurer en Argentine sans dollars ni euros… De quoi être intronisé « Roi des Pigeons » pour la durée de votre séjour.

Agir les trois premières semaines comme un panier percé en retirant des pesos directement au distributeur ou en utilisant partout votre carte bancaire. Grossière erreur. Banquer non seulement en frais de commission mais passer surtout à côté d’un système bien plus avantageux : celui du « blue ».

Penser que, quand même, alimenter un marché noir c’est complètement immoral.

Mais recevoir un cours d’économie simplifié très persuasif :

I. Argentine = économie pourrie
a.Inflation de ouf malade
b. 1 peso = des cacahuètes

II. Le « Blue » = solution miracle
a. Un marché parallèle
b. Vive les dollars et les euros !

CQFD : échanger directement vos précieuses devises étrangères contre des pesos équivaut à doubler votre pouvoir d’achat. Ou presque…

Capich ?

ESCAPADE EN URUGUAY

Pour vous procurer rapidement des dollars, il faut vous rendre en Uruguay, paradis fiscal niché sur la rive voisine du Rio Plata.

La période estivale battant son plein, les prix des traversées flambent. Un aller-retour dans la charmante Colonia del Sacramento vous coûtera 75 euros.

Fraîchement débarqué, vous mettre à la recherche d’un distributeur. Découvrir que vous n’êtes pas le seul petit malin à avoir eu l’ingénieuse idée de vous enquérir de billets verts aujourd’hui. L’avoir un peu mauvaise. La file d’attente s’apparente à celle du petit train de la mine de Disneyland un samedi de vacances scolaires de la zone B.

Insérer presque religieusement deux heures plus tard votre carte de retrait et vous voir limiter à 300 dollars. Retenter l’opération. En vain. Vous mettre alors en quête d’une nouvelle banque. Même combat en ce qui concerne l’attente et le montant délivré. Avoir juste le temps d’effectuer la manip’ une troisième fois dans un autre établissement. Cette fois-ci, c’est l’échec. Plafond dépassé ou ruse de l’Uruguay pour vous faire rester une journée de plus ? Peu importe. Ce qui vous enquiquine, c’est que vous n’avez pas votre quota de billets verts. Mission pas accomplie du tout.

« CAMBIO, CAMBIO, CAMBIOOOOO !!! »

Vous rendre dès le lendemain sur « Florida Street », THE PLACE TO BE quand on veut du « blue », vos 600 dollars en poche. N’avoir jamais eu autant d’argent liquide sur vous. Avoir l’impression que c’est écrit sur votre front. Et ce doit l’être à entendre les quelques mots que l’on vous adresse.

« Dollars ? Euros ? Cambio, cambio, cambioooooooooooooooooo !!! »

« The place to be », effectivement.

Vous engouffrer dans une galerie marchande au fond de laquelle se trouve une boutique d’antiquités. Devant la porte, un rabatteur s’assure que vous n’êtes pas là pour dénicher un éventail pure soie datant du XVIIIe siècle.

– « Cambio ? »
– « Si. »

Pénétrer dans ce boui-boui où dorures et porcelaines ne sont effectivement que simulacres. En dix secondes, un homme assis à un petit bureau vous sort une demi-douzaine de liasses de cent pesos chacune. Le compte est bon, moyennant un taux de change à 11 pesos pour 1 dollar.

Toujours mieux que rien mais toujours insuffisant pour tenir à deux au pays du Che et de Messi quelques mois de plus.

VIREMENT À UN INCONNU

Trouver sur un groupe Facebook de français installés à Buenos Aires une alternative. Contacter un expat’ en message privé et en arriver à la solution suivante. Lui virer la modique somme de 1.500 euros sur son compte français et recevoir 18.755 pesos en cash. Soit un taux de change de 12.5, en sachant que lors de votre séjour dans la capitale argentine, un euro s’échangeait contre 15 pesos au marché noir… Mouais. Pas trop le choix de toutes façons.

Laisser quatre jours à ce Monsieur Miracle pour rassembler la somme convenue. Lui faire entièrement confiance, vous ne virerez rien tant que vous n’aurez pas les pépètes en main. Et se retrouver, l’échéance arrivée, au quinzième étage d’une tour de l’Avenida 25 de Mayo. Dissimulées sous des journaux, dix-neuf liasses sont alignées sur un bureau. Recompter scrupuleusement le tas. Monsieur Miracle, bon prince, a arrondi à 19.000 pesos. Il ne reste plus qu’à cacher, de manière discrète bien entendu, tout cet argent sur vous. Ce qui n’est pas une mince affaire…

Sortir de l’immeuble avec de grosses gouttes dans le dos. Là, c’est carrément un panneau lumineux qui est collé sur votre front avec cette annonce qui défile :

« Rackettez-moi !!! »

Avoir l’impression que tous les passants sont louches et qu’ils voient à travers vos vêtements.

Arriver cependant entier à votre point de chute, sans un peso perdu.

Le plus stressant sera dorénavant de vous trimbaler constamment avec tout cet argent liquide et de veiller à ce que votre petit matelas soit toujours en sécurité. Et ça, c’est une toute autre histoire…

Illustration : 
Ray Clid (voir son blog)

Texte :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

Les précédentes aventures du pigeon :
– Une journée à Rio de Janeiro
– Une nuit de pigeon en Couchsurfing
Une nuit de pigeon en Couchsurfing (II)

Publicités

Une réflexion sur “Un pigeon dans le « blue »

  1. Pingback: Budget d’un voyage en Argentine | Repérages

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s