Le Wwoofing en Argentine

Le «Wwoofing» rassemble voyageurs et exploitants agricoles locaux autour de projets d’agriculture biologique. Le tout est basé sur l’échange de services et de savoir-faire. Récit d’une expérience de trois semaines dans la ferme des Paglioafora, en Argentine.

« Au bout du chemin, prenez à droite et c’est la maison après le champs de pommiers. » Nous sommes à 80 kilomètres au Sud de Mendoza, en Argentine. Pour rejoindre la ferme où nous allons passer quelques semaines en Wwoofing, il nous faut traverser Loteo Danti, une petite bourgade qui compte plus de chiens que d’habitants. Arrivés devant la propriété, Rodolfo, l’oncle, un homme d’une soixantaine d’années, barbe blanche et cheveux longs immaculés nous accueille sourire aux lèvres, nous invite à aller nous installer avant d’aller déjeuner.

A peine déchargés de nos sacs, nous venons en aide à un groupe de volontaires qui ramasse des tomates éparpillées sur le sol à côté du tracteur où sont chargées les cagettes. A l’arrière-plan, derrière les vignes de Malbec, s’élèvent les montagnes de la Cordillère des Andes dont les sommets culminent à plus de 5.000 mètres. La ferme où nous nous trouvons dispose de 22 hectares de terrain, dont la moitié est exploitée biologiquement, c’est-à-dire avec des semences naturelles, sans engrais ni traitement.

A l’origine ce lieu était destiné à recevoir une communauté de quarante personnes, une dizaine de familles de citadins qui souhaitaient se mettre au vert. Un projet teinté d’idéaux quelque peu sectaires. L’aventure ne durera que quelques mois avant que le groupe ne se divise. Aujourd’hui, dix-huit années plus tard, la famille Pagliafora occupe seule ce lieu. Les parents, leurs deux enfants, un oncle et une tante. Depuis huit ans ils accueillent des volontaires du monde entier via le Wwoofing et son site internet, qui met en lien des volontaires et des exploitations agricoles qui ont besoin d’aide, le tout basé sur un échange d’expériences. Le gîte et le couvert contre un travail quotidien et un savoir-faire.

AU JOUR LE JOUR

La semaine, réveil à 8h30, petit-déjeuner et ensuite au boulot. L’été à la ferme des Pagliafora c’est le temps des tomates. C’est l’activité qui nous occupera le plus pendant notre séjour. Les plans de tomates ne sont pas sur des tuteurs comme dans nos contrées pluvieuses. Il faut aller les chercher au niveau du sol. Les tomates ainsi récoltées sont lavées et triées. Les plus belles tomates seront vendues au marché bio de Mendoza et les tomates « abîmées » serviront à faire de la sauce. Un procédé simple mais efficace : laver, découper, mixer, et verser le tout sans aucun additif dans des bouteilles. Les bouteilles de sauce ainsi remplies sont ensuite plongées dans de l’eau bouillante à des fins de pasteurisation au dessus d’un four à bois. En ce début avril, c’est également la saison des pommes, courges, coings, aubergines, poivrons, oignons, et noix. Les volontaires participent également aux travaux d’entretiens de la ferme : nourrir les animaux, faire du pain, nettoyer les bâtiments.

Au déjeuner les repas sont pris en commun avec la famille. Les volontaires doivent au cours de leur séjour réaliser un repas à la sauce de leur pays. Pour nous ce sera soupe à l’oignon, bœuf bourguignon, crumble aux pommes et pain perdu. En quantité suffisante pour 17 personnes. Après le déjeuner toujours copieux, c’est l’heure de la sieste avant de reprendre les activités vers 18h. Le soir et le weekend chacun vaque à ses occupations librement. Les volontaires, des membres de la famille et des amis du coin se réunissent autour d’un feu, d’une bière, d’un Fernet-Coca (à base de Fernet Branca, alcool italien adulé ici), d’un « asado » (barbecue) ou d’une pétanque.

IMPRESSIONS

Toutes les activités appellent à un échange entre les membres de la famille et les volontaires sur tout un tas de sujets. De l’agriculture bio pratiquée en Argentine à la politique étrangère américaine. Les échanges sont nombreux et favorisés par les Pagliafora. A l’origine communautaire, cette ferme, par défaut de membres, a du faire appel au volontariat. Une manière de ne pas rester dans l’entre-soi de la famille en partageant avec des voyageurs qui souhaitent mettre les mains à la terre. A première vue, avec un regard cynique, le système peut paraître une manière d’avoir une main d’œuvre gratuite. Mais on s’aperçoit rapidement qu’il n’en est rien, dans cette ferme du moins. Ici on cherche à apprendre les uns des autres. On s’organise autrement, sans relation financière, sans hiérarchie si ce n’est celle du respect de ceux qui vivent ici à l’année. La famille Pagliafora a fait de ce lieu un endroit de libre pensée, où l’on débat, où l’on apprend chaque jour. Proposer une façon de vivre plus proche des valeurs de la terre que de celles du capital.

A chacun de se faire sa place dans cette ferme. Et ce n’est pas toujours facile au milieu d’un groupe d’une quinzaine de personnes. La majorité des « Wwoofers » reste plusieurs semaines, et nombreux sont ceux qui reviennent. Ce sont principalement des voyageurs entre 20 et 30 ans, européens ou nord-américains. L’ambiance peut revêtir par moment des airs d’auberge de jeunesse,  les expériences et les discussions se ressemblent : « D’où viens-tu, où vas-tu, que fais-tu ? » Des groupes se distinguent, les personnalités se dévoilent: « petits chefs », grandes gueules, d’autres plus solitaires ou introvertis. Autant de caractères différents qui se rassemblent pour mener à bien les tâches quotidiennes.

Trois semaines dans ce lieu nous auront permis d’avoir un simple petit aperçu du travail agricole très varié qui se pratique ici tout au long de l’année. Notre aide n’a été qu’une goutte d’eau au milieu de ce cycle. Ce qu’on en retiendra avant tout c’est le bon goût des tomates organiques et la volonté des enfants, Ailen et Yerimen, 28 et 25 ans, de continuer un projet d’agriculture biologique initié par leurs parents. On gardera très longtemps à l’esprit la sagesse et la pensée profondément humaniste de Rodolfo qui nous auront accompagnés tout au long de ce séjour.

Texte et photos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

WWOOF = World Wide Opportunities on Organic Farms. Le principe est de se rendre sur le site web du pays pour visualiser les annonces de fermes qui recherchent des volontaires. Pour obtenir les contacts il faut payer une vingtaine de dollars US.


Contacts : 
Le mail de la ferme des Pagliafora : rosedejerico_57@yahoo.co.ar
Le wwoofing en Argentine
Le wwoofing en France


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11 réflexions sur “Le Wwoofing en Argentine

  1. Bonjour à vous 2 et félicitation pour votre blog ! Avec mon ami Vincent, on aimerait beaucoup vivre une aventure comme la votre… Nous sommes actuellement en voyage autour du monde depuis 9 mois et nous aimerions partager une expérience comme la votre en Argentine dans la région de Mandoza. Comment peut on contacter la ferme dans laquelle vous avez participer ? Merci beaucoup pour ces informations précieuses .
    Charlotte et Vincent

  2. Salut à tous les deux!
    Tout d’abord, merci pour ce site qui est vraiment une perle quand on est en pleine préparation de son voyage. Ce qui s’avère être le cas pour mon ami et moi… Nous partirons prochainement pour 6 mois en Amérique Latine. Comme nous avons prévu de faire un maximum de Wwoofing/HelpX durant notre périple, trouver des témoignages comme le vôtre, c’est top!
    Une simple question pratique: êtes-vous passés via le site du Wwoofing en Argentine ou avez-vous contacté directement la famille Pagliafora?

    Merci d’avance!

    Marine et François

  3. Bonjour Caroline et Grégory, nous sommes Math et Dan du blog de voyageurs « onestici.wordpress.com »!
    Merci pour votre article complet, qui du coup, nous donne envie de vivre la même expérience…nous avons essayé de contacter Rodolfo via l’adresse mail fournie dans votre article mais ko (No reply).
    Avez-vous éventuellement un numéro de téléphone ou une autre adresse mail svp?
    Merci pour votre aide.
    M+D

    • Salut Math et Dan,
      Super si vous tentez l’expérience chez les Pagliafora, vous ne serez pas déçus!
      Bizarre que l’adresse mail ne fonctionne pas. Vous pouvez contacter via Facebook Ailen Paglioafora Maggiolo c’est comme ça que nous étions entrés en contact avec eux. Vous êtes où en ce moment? A bientôt!

  4. Pingback: Province de Jujuy | Repérages

    • Il existe déjà huit fermes dans les Deux-Sèvres qui utilisent ce concept. Alain et Anne pourraient être les neuvièmes à tenter l’aventure, avec promenade à cheval dans les marais à la clé!

  5. Photos à l’appui, ça a l’air plutôt sympa le woofing, encore une belle expérience que vous venez de vivre.

  6. Chapeau!! Grégory a une façon particulière de ramasser les tomates tout de même… 😀
    Pompeluche est trop mignon!!

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