Les folles du volant

Parties de pouces en l’air, ou la chronique de nos aventures en stop. Parce que notre voyage n’aurait pas été le même sans les rencontres que nous avons faites sur le bord des routes.

  • Pays : Brésil
  • Trajet : Caraiva – Porto Seguro
  • Distance : 75 km
  • Durée : 7h

Depuis trois jours la pluie ne cesse de tomber sur Caraiva, notre petit bout de paradis sur la côte brésilienne de Bahia. L’eau a entraîné avec elle le bleu du ciel, le vert des palmiers et le fushia des fleurs. Tout est gris. « Demain matin on s’en va en stop ! ». À notre enthousiasme on nous rétorque à chaque coup que c’est impossible : « Avec la pluie les bus ne peuvent pas venir, le seul moyen de partir d’ici est de prendre un taxi ». On verra bien.

Le lendemain, à midi, nous franchissons en barque la petite rivière qui sépare Caraiva de la côte. Dès que nous posons le pied sur l’autre rive, la pluie se remet à tomber. Deux chauffeurs de taxi nous regardent, amusés et prêts à nous faire raquer : « C’est 350 reais (environ 120€) pour aller à Arraial d’Ajuda. » Non merci. Nous continuons à pieds. La route est déserte, la pluie tombe de plus belle.

Au bout d’une vingtaine de minutes de marche le mot « impossible » nous revient en mémoire. « Peut-être avaient-ils raison ? ». Même si les nerfs commencent à céder, nous ne perdons pas espoir. Alors que nous nous délestons de nos sacs pour attendre sous une avancée de toit, une voiture tout terrain déboule derrière nous et s’arrête à notre hauteur alors que nous agitons les bras. La fenêtre du conducteur se baisse et le sosie de Robbie Williams, tout sourire, nous invite à monter : « Allez, pas de soucis, venez avec nous ! Les gars de la barque nous ont parlé de deux auto-stoppeurs, ils nous ont dit de vous faire payer ! ». Sur le siège passager, Marcus nous accueille avec un large sourire. Les deux hommes sont en couple, ils vivent à Sao Paulo et sont venus passer une semaine de vacances à Porto Seguro, la côte d’azur brésilienne.

Caroline entourée des folles du volant

Caroline entourée des folles du volant

Au volant du Mitsubishi Pajero de location, Edison donne le ton : il enfonce l’accélérateur et se lance sur la piste boueuse et pleine de nids de poule tel un pilote de rallie. De l’eau boueuse est projetée sur le pare-brise, le véhicule dérape et les suspensions sont rudement mises à l’épreuve. A l’intérieur le paulista est tel un gosse qui teste les capacités de son nouveau jouet. Nous nous rendons vite compte que la route est réellement impraticable pour un véhicule normal. A l’arrière, nous nous cramponnons, un sourire béat aux lèvres, heureux d’avoir été ainsi secourus.

Entre deux nids de poule, on échange avec Edison et son compagnon. Ils sont dans l’organisation de spectacles, ils nous montrent des photos et des vidéos sur leur smartphones qu’ils ont greffé à leurs mains. « Toujours pas de réseau ! ». Ils n’ont pu mettre en ligne les photos qu’ils ont prises ce matin à Caraiva. 

« On va faire quelques arrêts ça ne vous dérange pas ? On va à Praia do Espelho puis Trancoso avant de rentrer à Porto Seguro. », nous prévient Marcus. Pas de problème ! Comment mieux tomber ? Nous n’avions pas eu l’occasion de visiter ces deux endroits. Praia do Espelho notamment est difficilement accessible sans véhicule.

Praia Espelho

Praia Espelho

C’est ainsi que nous passerons l’après-midi avec nos deux amis. Les arrêts sont brefs, le temps de prendre quelques photos. Mais il est vrai que le temps ne joue pas en notre faveur. Çà n’attriste pas Edison, une vraie pile électrique, qui lance par la fenêtre aux rares locaux que l’on croise un « Hola querida ! » plein d’entrain.

À Trancoso, les deux compères souhaitent s’arrêter déjeuner. Çà tombe bien, nous aussi nous avons un petit creux. Après être entrés dans trois restaurants pour en vérifier la qualité des plats, Marcus nous propose un établissement dont la décoration intérieure et l’accueil du personnel nous indique clairement qu’ici, nous sommes hors budget.

À peine installés sur des fauteuils ultra-confortables, avec une vue sur l’océan, Edison nous sourit : « On choisit ce resto, on vous invite, il n’y a pas à discuter. » Gênés nous tentons de répliquer. En vain. Les plats ne sont pas copieux mais la qualité est au rendez-vous. C’est le propre des restaurants hauts de gamme au Brésil, comme ailleurs. Les fauteuils quant à eux, appellent à la sieste. Après une semaine de camping, plusieurs jours de pluie, et une marche sous des trombes d’eau, nous nous sentons un peu décalés avec l’ambiance des lieux. Mais Edison et son conjoint n’en ont que faire. Ils ont réellement l’air de vivre pour profiter de chaque instant. Après le déjeuner, vient le café. Encore une fois il nous est interdit de payer l’addition.

Restaurant à Trancoso

Restaurant à Trancoso

Retour en voiture. Maintenant les routes sont asphaltées et la pluie ne tombe plus. Nous approchons de l’embarcadère du ferry à Arraial d’Ajuda. Il fait nuit, nous traversons maintenant le bras de mer qui nous sépare de Porto Seguro. Le cœur sur la main jusqu’au bout, nos deux hôtes décident de faire un détour pour nous déposer au plus près de notre destination finale, Santa Cruz de Cabralia, au nord de Porto Seguro. Le temps des au-revoir suit la même cadence que tout le trajet, en moins de deux minutes, nous sommes en dehors de la voiture avec nos sacs à saluer nos deux anges gardiens du jour qui repartent à toute allure.

Illustration : 
Ray Clid (voir son blog)

Texte et photos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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