Le pigeon et la pirogue

Maître Pigeon, sur un quai déserté,
Attendait en vain sa pirogue.
Maître Boulet, par l’attitude attiré,
Lui tint à peu près ce prologue :
« Hé ! bonjour, Monsieur du Pigeon.
Que vous êtes patient ! que vous me semblez perdu !
Sans mentir, si vous croyez
Qu’une pirogue va se pointer,
Vous êtes le Pigeon des hôtes de ces quais. »

À ces mots le Pigeon ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa protestation.
« Rourou!  » Fit le Pigeon.
« Je ne compte pas croupir ici.
Voyez-vous, Monsieur Du Boulet, cette pirogue d’essence emplie
Je m’y aventurerai et remonterai le fleuve Mapiri ! »
Le Boulet s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez qu’une pirogue percée et par deux tonnes déjà chargée
Ne remontera jamais un fleuve à contre courant
Sans que vous y laissiez des plumes en passant ! »

Têtu, le Pigeon monte dans la barque en bois,
Et regrette au bout de trois minutes son choix.
Les effluves d’essence l’empêchant de respirer,
Et l’eau s’infiltrant de toute part le rendant tout mouillé.
Un virage mal négocié vint soudain achever son trempage.
Mais il est loin d’être au bout de ses surprises,
Lorsque Le Piroguier lui annonce la mise :
« Monsieur du Pigeon ! Hé ho !
Il va falloir traverser ce bras à pied, il n’y a pas assez d’eau.
Et par là-même, vous pourriez peut-être m’aider,
D’au moins une tonne nous devons nous délester.

À ces paroles, le Pigeon saute de la pirogue
Et s’exécute au lieu de chercher le dialogue.
L’opération n’est pas sans peine
Mais au bout de quelques instants,
L’embarcation peut reprendre haleine.
Seulement, la météo fait des siennes,
Et en deux temps trois mouvements,
S’abat une pluie diluvienne.
Les plumes du pigeon lui collent aux os,
Il a froid et tremble comme un grelot.

Arrivé au port, s’acharne le sort.
N’en faisant une nouvelle fois qu’à sa tête,
Aucune attention aux recommandations du piroguier il ne prête.
Pour se rendre sur la rive,
Il opte pour une alternative.
Il tombe alors dans un trou d’eau,
Immergeant ainsi son sac-à-dos,
Qui avait jusqu’ici résisté aux flots.

Le Pigeon, mouillé et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
Une coulante le lendemain le lui rappellera,
Quand par trois fois par heure aux toilettes il se rendra.

Illustration : 
Ray Clid (voir son blog)

Fable :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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3 réflexions sur “Le pigeon et la pirogue

  1. Ha ha ha ha! Mais le pigeon est aventureux et il lui en faut beaucoup plus pour le décourager! La prochaine fois, il écoutera quand même quand son petit doigt lui dit qu’il y a un boulet qui rôde dans les parages! Le pif/le petit doigt/la petite voix se trompe rarement…

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