San Expedito

« Parties de pouces en l’air », c’est la chronique de nos expériences en « stop », « hitchiking », « carona », « a dedo ». Parce que notre voyage n’aurait pas été le même sans les rencontres que nous avons faites sur le bord des routes.

  • Pays : Argentine
  • Trajet : Rio Turbio – El Calafate
  • Distance : 260km
  • Durée : 2h

Libre à chacun de croire ou non aux miracles, quand on se retrouve en peine sur le bord de la route, il nous arrive parfois de prier pour sortir au plus vite d’une situation galère.

Nous invoquons alors « San Expedito », le Saint des causes désespérées. Evidemment, ce n’est que blasphème de notre part mais malgré notre impiété, nous n’avons eu de cesse de recourir à ce chérubin à la jupette plissée et aux sandales en cuir. San Expedito a toujours répondu à nos appels. Nous ne sommes jamais restés en rade. Il a certes dû prendre plusieurs visages  mais son incarnation la plus réaliste a été celle de Mario, un argentin de 42 ans.

San Expedito, le saint des causes désespérées

San Expedito, le saint des causes désespérées

C’était par un jour de pluie comme il y en a eu tant d’autres au cours de nos trajets en stop. Un facteur qui peut soit directement générer la pitié des automobilistes soit, au contraire, provoquer une répulsion immédiate à l’idée de voir sa banquette arrière détrempée. Ce jour là, il semble que la météo ne jouait pas en notre faveur. Deuxième difficulté : un passage de frontière entre le Chili et l’Argentine. Qui voudrait s’encombrer de deux étrangers alors que les formalités sont déjà suffisamment longues ? Enfin, notre terrain de jeu se situait en Patagonie, terre ô combien merveilleuse mais dont les distances sont ô  infiniment longues, deux villes « voisines » pouvant être séparées de plus de 300km.

Nous avions réussi à franchir les deux premiers obstacles d’une pierre deux coups. Un chilien qui n’avait visiblement pas peur que l’on ruine ses sièges ni qu’on le retienne à la douane. Mais largués à la sortie de l’une des villes frontières les plus glauques du pays (entendez Rio Turbio, de surcroît une cité minière), nous avons vite désespéré devant le peu d’affluence d’appareils motorisés.

Il est déjà 16h. Nous n’avons encore rien avalé de la journée et la faim plus le froid plus la pluie,  c’est une mauvaise équation qui ne résout en rien les situations merdiques. Passé 17h, nous commençons à envisager des solutions de repli. Par chance, nous avions rencontré une famille en or une semaine plus tôt qui vit justement ici. Nous pourrions les contacter. Autre possibilité, un hôtel qui se situe à deux pas. Mais nous n’avions pas encore recouru aux services de notre ami à jupette.

Hasard ou coïncidence, San Expedito a déboulé quelques minutes plus tard à bord d’un Toyota Hilux noir flambant neuf. Pour avoir testé une batterie de 4X4 ou de pick-up, nous pouvons certifier que ce modèle arrive en première position des véhicules les plus confortables en Amérique du Sud. Nous rendons grâce à notre sauveur qui s’amuse de notre joie et qui en deux temps trois mouvements nous fait la place nécessaire dans l’habitacle pour pouvoir entreposer nos sacs-à-dos et caler nos postérieurs.

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Mario (c’est pour lui que San Expedito a décidé de se faire passer aujourd’hui, mais « chuuuuuuuut », il est incognito !) se rend lui aussi à El Calafate, notre point de chute situé à 260km de là. Négociant en produits pharmaceutiques, il se rend trois fois par semaine dans cette ville pour y écouler sa marchandise. La route n’a donc plus de secret pour lui, il prend même un raccourci. Nous nous remettons entièrement à ce Super-Mario qui n’hésite pas à appuyer sur le champignon. La température intérieure est juste parfaite, nous fondons dans nos sièges, le nez collé à la fenêtre. Inutile de rappeler ô combien les paysages de Patagonie sont magnifiques, Mario tient quand même à nous réserver une petite surprise en accédant à un mirador des plus exceptionnels.

Hasard ou coïncidence, à ce moment là, les rayons du soleil viennent transpercer les nuages baignant ainsi de lumière un lac en contrebas. Le spectacle est saisissant !

Il n’y a pas à dire, jamais incarnation de San Expedito n’aura été aussi réussie et n’aura produit autant de petits miracles en chaîne l’espace d’un trajet.

Illustration : 
Ray Clid (voir son blog)

Texte et photos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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2 réflexions sur “San Expedito

  1. C’est marrant tu me disais que vous ne voyiez pas encore concrètement ce que ce long voyage vous avait apporté en terme d’enrichissement personnel… Mais déjà en lisant votre texte, on sent tout ce que vous avez pu vivre, les paysages rencontrés, ça a modifié votre style d’écriture… Et qu’est ce que l’expression, surtout l’expression artistique et littéraire si ce n’est un des visages de l’artiste… Et un visage qu’il a construit lui même pas un qu’on lui a donné au départ sans consultation ! Des bises à vous deux.

    • Merci. Ce que je voulais dire c’est qu’il va falloir du temps pour tout assimiler de ce voyage. Mais l’enrichissement personnel on le remarque tous les jours. Bises à vous trois, Greg

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