Pablo, l’historien

A Cahuasqui, en Equateur, nous avons rencontré Pablo. Il aime à partager sa passion, l’histoire. Et sa maison est un véritable musée.

Sur le seuil de sa porte, dans la rue qui longe l’église, Pablo nous attend. Un grand sourire aux lèvres. Le bonhomme est paysan, comme tout le monde à Cahuasqui, petit village situé dans le nord de l’Equateur. Mais lui a un hobby bien particulier, il est collectionneur.

L’entrée est vaste. Les murs sont nus, le sol est jonché d’outils, de sacs de jute. Une porte au fond s’ouvre sur un patio. Ici on cuisine, on lave les vêtements. Au-dessus du mur du fond monte le clocher de l’église : « D’ici je peux voir qui va à la messe ! ».

Encore quelques marches et nous voilà au premier étage. Sur le balcon abrité, c’est un véritable musée qui s’offre à nous. Deux antiques fusils et une pointe de lance en fer attirent notre regard. « Ces fusils datent de la colonisation, regardez, sur le manche de celui-ci est gravé un tigre (voir photo). Je l’ai racheté à un propriétaire d’une hacienda. La pointe de lance date des Caras, une civilisation précolombienne qui vivait dans la région. »

Il ne reste presque rien des Caras, ou Caranquis, une civilisation précolombienne qui peuplait la région bien avant l’arrivée des incas et des espagnols. Quelques pierres taillées, quelques lieux présumés de culte. Pablo possède des œuvres très bien conservées de cette civilisation : des céramiques qui représentent les points cardinaux et le soleil, des statues sculptées. De sa poche, Pablo sort une pierre de jade en forme de maïs, de petites pointes de pierre taillée. Il est fier de nous présenter ses pièces, il passe de l’une à l’autre en nous débitant leurs histoires.

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Massive, une ancre, pierre de sacrifice inca, trône sur une table. « Les incas prenaient le chemin du páramo pour rejoindre Quito de la côte. J’ai retrouvé cette ancre là-haut. Regardez, elle a  deux visages, un de chaque côté. Elle servait pour les cultes et les sacrifices. » Le páramo c’est cette zone située entre 3.000 et 4.000 mètres d’altitude ici au nord de l’Equateur. On y accède après quelques heures de marche de Cahuasqui. Là-haut paissent vaches et chevaux aux abords de lagunes. La boue et le froid conservent les pierres. C’est dans cette zone, qu’il parcourt à cheval, que Pablo a retrouvé la majeure partie de ses trésors.

D’un coup, il rentre dans une pièce et en ressort une longue dague à la main. « Cette petite épée date des espagnols, commente Pablo. A l’époque de la colonisation on raconte que trois espagnols sont venus ici. Deux soldats et un prêtre. Ils ont été capturés par les Caras qui les ont tués. Pour faire peur aux espagnols ils ont mangé le prêtre. Cette épée, qui peut aussi servir de baïonnette quand elle est fixée à un fusil, était enterrée avec le chef indigène qui a tué les colons. »

Des objets de l’époque des espagnols, il en possède à foison. « J’ai récupéré beaucoup de choses qui provenaient de l’église, des statues, des tableaux. Les curés les avaient mis à la poubelle ! J’ai une pièce remplie d’objets que je restaure quand j’ai le temps.» Il nous invite à entrer dans une chambre qui donne sur le balcon. Il refait ici l’intérieur d’une chapelle. Les structures en bois donnent sur un autel. « J’ai racheté tout ça pour 100 dollars au curé. C’était plein de poussière et le bois avait pourri par endroits. »

Nous surveillant du regard, il hésite. Puis il tire d’un recoin un coffre en bois. « Je vais vous montrer quelque chose. Mais surtout n’en parlez à personne dans le village. On pourrait venir me voler si on savait que j’ai ça ici. » Du fond du coffret en bois, il sort un grand morceau de tissu. La cape, une fois dépliée, laisse apparaitre un aigle cousu de fil d’or, d’or blanc et d’argent. « J’ai retrouvé ça dans la poubelle de l’église ! », rit Pablo.

Il nous montre aussi une pièce de monnaie. « Un Sucre [devise nationale jusqu’en 2000]. Cette pièce date de 1884, l’année de mise en circulation de cette monnaie. Elle vaut 1.000 dollars aujourd’hui. C’était à ma mère. Elle tenait le moulin en bas près de la rivière. Elle était très riche. Mais un jour on lui a tout volé. Il ne reste que ça, des centaines de pièces de monnaie qu’elle cachait chez elle », explique Pablo.

Pablo n’a jamais visité les musées d’art précolombiens de Quito ou d’ailleurs. Et ici, la population s’intéresse peu à tous ces vestiges de civilisations disparues dont le sang s’est mêlé à celui des colons. Il est à la fois le gardien et l’unique public de ses œuvres. De temps à autres, quand un étranger de passage s’arrête à Cahuasqui, il ouvre les portes de sa maison-musée pour lui montrer ses pièces. En nous raccompagnant sur le seuil, Pablo nous racontera ses souvenirs de France. Il a visité l’hexagone il y a une vingtaine d’années. Il en garde des souvenirs impérissables.

Peut-être qu’un jour, à Cahuasqui, Pablo ouvrira ses portes à des horaires de bureau et présentera ses merveilles aux visiteurs. Peut-être qu’alors, les habitants du village s’intéresseront davantage à ces populations qui, hier, se sont nourris du même sol que celui qu’ils labourent aujourd’hui.

Texte et photos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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