J’irai déjeuner chez vous (II)

« Parties de pouces en l’air », c’est la chronique de nos expériences en « stop », « hitchiking », « carona », « a dedo ». Parce que notre voyage n’aurait pas été le même sans les rencontres que nous avons faites sur le bord des routes.

  • Pays : Chili
  • Trajet : Valdivia – Pucon
  • Distance : 70 km
  • Nombre de véhicules : 7

Postés à la sortie de Valdivia, les pouces en érection, il ne nous a pas fallu longtemps avant qu’un véhicule ne s’arrête. Au volant, Enrique, la soixantaine, un brin bedonnant et un sourire franc. Passés les échanges habituels, de but en blanc il nous annonce qu’il nous amène déjeuner dans sa ferme.

En approchant la propriété, Enrique s’arrête pour nous montrer les champs alentours et nous faire goûter aux fruits qui poussent ici. Ces terres autrefois appartenaient à sa famille mais son frère à dû céder sa part car les temps sont durs pour les agriculteurs, ici comme ailleurs, même si pour Enrique les affaires n’ont pas l’air d’aller mal. Lorsqu’il se gare devant sa maison, les images de la petite fermette laissent place à une belle demeure ornée d’une piscine. Le Monsieur a à sa charge pas moins de six cent têtes de bétail. Des vaches laitières. Une exploitation familiale. « Aujourd’hui les petites exploitations n’ont aucune chance, il faut faire du rendement. » L’un de ses fils et son beau-frère gèrent l’exploitation avec lui.

A l’intérieur, une domestique nous sert le repas : saucisses lentilles. Pour terminer, un épi de maïs, d’un jaune éclatant et aux grains parfaitement agencés. La signature de Monsanto. Au bout de quelques minutes, le beau-frère nous explique que ce qui ronge la société chilienne, ce sont les gens aujourd’hui qui ne veulent pas travailler.

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Après le déjeuner, nous voilà partis pour une visite de l’exploitation en 4×4. Les chiens se ruent après la voiture. Les champs, les étables, les salles de traie. La plupart des bâtiments sont neufs. Sur le chemin on croise quelques peones, des ouvriers agricoles. Nous voilà revenus au temps des colonies. Les grands propriétaires, les criollos, blancs, offrent le gîte et le couvert à ses employés, descendants des indiens Mapuches de la région. Bien sûr, logement et nourriture sont retenus sur la paie. Mais qui parle de dépendance ? Le beau-frère d’Enrique qui nous fait la visite nous fait l’éloge de ce paternalisme, « Ils ne pourraient pas s’offrir un tel logement sans nous. Et vous voyez ils n’ont pas de trajet, ils sont directement sur la propriété. C’est d’un grand confort. »

Nous avons été accueillis avec tous les honneurs, invités à déjeuner et à boire le café dans le salon orné de photos de famille d’Enrique. Mais nous ne partirons pas sans un petit sentiment amer. Celui d’avoir côtoyé l’espace d’un instant le monde des latifundos, ces grands propriétaires terriens d’Amérique latine.

Nous décidons maintenant qu’il est temps de repartir. La route n’est pas idéale pour faire du stop, il y a peu de trafic. Un camion rouge flamboyant s’arrête pourtant au bout de quelques minutes sur le bas côté. Le beau-frère d’Enrique se précipite vers le chauffeur pour lui demander de nous embarquer. Toujours plus facile de se faire aider par un autochtone ! Une fois bien installés dans la cabine, le chauffeur nous indiquera qu’il ne s’était pas arrêté pour nous mais pour vérifier quelque chose dans son véhicule. Il fera finalement un détour d’une trentaine de kilomètres pour que nous puissions tenter notre chance sur la Panaméricaine et continuer nos aventures.

Illustration : 
Ray Clid (voir son blog)

Texte et photos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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