Marcoleptique

« Parties de pouces en l’air », c’est la chronique de nos expériences en « stop », « hitchiking », « carona », « a dedo ». Parce que notre voyage n’aurait pas été le même sans les rencontres que nous avons faites sur le bord des routes.

  • Pays : Chili
  • Trajet : Bahia Inglesa – Antofagasta
  • Distance : 500km
  • Durée : 7h

Après un petit déjeuner copieux -et tardif- face à l’océan pacifique à Bahia Inglesa, au Nord du Chili, nous décidons de prendre la route en direction d’Antofagasta.

Sur le bord de la Panaméricaine, nous tendons le pouce et c’est Marco, un chauffeur routier, qui nous invite à grimper dans son semi-remorque chargé de plaques de cuivre. Le Chili est l’un des plus gros producteurs de cuivre au monde, et c’est dans cette région du pays que l’on trouve les plus grandes mines à ciel ouvert d’où est extrait le minerai. Une fois transformé en grandes plaques de plusieurs tonnes, le cuivre est envoyé depuis des ports comme celui d’Antofagasta vers le monde entier.

De Bahia Inglesa à Antofagasta, il y a environ 500 kilomètres de route en plein désert. Soit, en langage poids lourds, environ sept heures de trajet. Après une heure de conduite, Marco a le regard qui vacille, les paupières qui tombent et sa tête se rapproche dangereusement du volant. Paniqué, nous lui attrapons le bras. Lui tourne la tête, nous regarde et nous lance cette phrase : « Tout va bien ne vous inquiétez pas. La route est toute droite. Je ferme juste les paupières. Tant que ma tête ne tombe pas sur le volant c’est que je ne dors pas. » Oui la route est droite, mais il y a d’autres semi-remorques qui filent sur la voie de gauche, face à nous, et le moindre coup de volant…

Pour la première fois dans un trajet en stop en Amérique latine, nous avons peur. Il nous faut inventer un motif pour faire une pause. Il n’y a pas de bande d’arrêt d’urgence sur ce tronçon de Panaméricaine. Dès que nous apercevons au loin un bas-côté nous demandons à Marco de faire une pause pipi. L’occasion pour notre chauffeur fatigué de se passer de l’eau sur le visage.

Alors que Marco, plus frais, redémarre son engin, nous lançons la discussion : les amours. Manqué. Marco, malgré sa quarantaine, n’a ni petite amie, ni enfant. Il vit chez sa mère. Mais très vite il embraye sur sa rencontre avec une certaine Myriam, de Montpellier. Une jeune fille qu’il a prise en stop il y a quelques années et dont il s’est amouraché. Nous ne comprendrons pas tout de la love story, si ce n’est qu’il lui a présenté sa mère. Bien plus tard, la jeune française lui trotte toujours dans la tête. Il nous demande si nous pouvons la retrouver. Le hic c’est qu’il ne connait pas son nom de famille. Alors, pour Marco, nous lançons cet appel : si toi, Myriam de Montpellier, tu lis cette chronique, sache que Marco aimerait te revoir. Tu peux facilement le retrouver entre Copiapo et Antofagasta à bord de son beau camion bleu.

Une heure plus tard, alors que nous sommes à court de sujets de conversation, rebelote. Le bonhomme a les yeux qui se ferment et la bouche qui s’ouvre. Il commence même à émettre une espèce de ronflement. De nouveau, nous simulons. Il nous faut nous arrêter, nos vessies sont incompatibles avec le métier de chauffeur routier.

Ce seront près de cinq heures de stress. Pour Marco rien de plus normal que de somnoler au volant. Mais pour nous non, définitivement non.

Nous aurons tout de même eu le temps d’apprécier le paysage désertique de l’Atacama. Et notamment ces pierres gigantesques sorties de nulle part. Ces rochers recouvrent le sol sur plusieurs kilomètres puis plus rien. Marco nous explique que personne ne sait comment elles sont arrivées là. Les montagnes sont loin. Le fruit de l’érosion, une éruption volcanique géante ? Nous n’en saurons rien.

En fin d’après-midi, nous arrivons à un croisement. Pour nous le chemin s’arrête ici. Nous devons prendre la route qui part vers la côte, vers Antofagasta. Ne vous fiez pas à ce nom aux allures de petit port de pêche italien. La ville est affreuse. Nous y trouverons un petit hôtel dans le quartier des prostituées. Marco, lui, continuera sa route sur quelques kilomètres avant d’aller décharger son camion et d’entamer sa nuit pour de bon.

Illustration : 
Ray Clid (voir son blog)

Texte et photos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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