Entre pénuries et contrebande au Venezuela


Cet article a été publié sur le site internet d’information Equal Times le 23 février dernier (cliquez ici). Nous en publions sur notre blog Repérages.info une version avec photos.


En ce début d’année 2015, le Venezuela vit l’une de ses plus graves crises. Inflation record et pénuries sont le lot quotidien de ses habitants. Avec la chute du cours du pétrole depuis le dernier trimestre 2014, le pays est à cours de devises et doit limiter ses importations.

La rumeur va vite. Le supermarché chinois du quartier aurait reçu du savon. Rapidement, une file d’attente se forme devant le magasin. Le rideau de fer est baissé, un vigile monte la garde. A travers les grilles on échange quelques billets contre des savonnettes. Pas plus de quatre par personnes, pour un total de 100 bolivares fuertes (BsF). « Cela fait deux mois qu’il n’y a pas eu d’approvisionnement en savon à Chichiriviche », nous explique Maria, habitante de cette petite ville côtière, accompagnée de sa fille pour obtenir double ration.

En quelques minutes, le commerçant indique que son stock est épuisé. De loin, une autre queue se forme devant une pharmacie. Certains s’y précipitent. Ici on attend pour acheter des couches pour bébé. Chacun n’a le droit qu’à un seul paquet de vingt.

Dans le pays, on manque principalement de lait en poudre, de couches pour bébé, de papier hygiénique, de lessive et de désinfectant. Dans les supermarchés, les rayons sont soit complètement vides ou démesurément remplis d’un même produit sur toute une gondole. « On ne meurt pas de faim contrairement à ce qu’on dit à l’extérieur. Et on peut trouver ce qu’on veut au marché noir, mais tout coûte plus cher et contribue à renforcer les problèmes économiques. », nous explique Eduardo. Ce jeune homme d’une trentaine d’années, avocat, a soutenu Hugo Chavez et a voté pour Nicolas Maduro. Il a pleinement conscience des problèmes qui minent son pays. Mais continue de vivre en lui l’idéal prôné par le « Commandante Supremo ».

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Depuis janvier 2014, la loi sur les « prix justes » a régulé le prix de vente de nombreux produits. Cette même loi interdit aux commerçants de faire plus de 30% de bénéfice sur la vente d’un produit. Cette régulation économique, ajoutée à la politique de nationalisation, a réduit considérablement la production dans le pays.

« Si un chef d’entreprise ne respecte pas le prix imposé par l’Etat pour tous les produits de base, on peut l’exproprier voire même l’envoyer en prison. Les entreprises sont prises à la gorge. La boîte pour laquelle je travaille produit, entre autres, de la compote. On nous impose de vendre notre pot de compote à 6BsF alors que son coût de fabrication est de l’ordre de 20BsF. Ce n’est pas possible. Une entreprise doit au moins pouvoir payer ses salariés ! », raconte Virginia, employée d’une filiale de la multinationale Nestlé implantée à Valencia dans le nord du pays.

La régulation des prix a conduit à un autre phénomène, la contrebande. Les produits vendus à un prix bas au Venezuela sont revendus le triple dans les pays voisins. Et l’essence en est le principal exemple. Un plein de soixante litres coûte moins de 5 BsF, soit moins d’un dollar. Un chiffre à la limite de l’indécence dont certains ont choisit de tirer profit.

Il est 6h30 du matin à Santa Elena de Uairén, ville frontalière située à dix kilomètres du Brésil. Des deux côtés de la route qui mène au terminal de bus, une file de véhicules s’étend sur plusieurs centaines de mètres. Tous les conducteurs attendent la même chose : l’ouverture d’une station service. « Tous ceux qui font la queue ne sont pas des usagers normaux. Ils viennent remplir leurs réservoirs pour en revendre le contenu à 70 ou 80 BsF au Brésil. Ils attendent cinq, six, voire sept heures avant d’être servis. », nous éclaire un chauffeur de taxi.

Ces contrebandiers d’essence, de papier toilette, de shampooing ou de médicaments sont les « bachacos », du nom d’une fourmi coupeuse de feuilles. Ils sont les professionnels de la file d’attente. C’est un trafic qui rapporte gros, les produits étant achetés au prix régulé puis revendus au marché noir sur la base du taux de change parallèle. Car si officiellement, au Venezuela, un dollar américain vaut 6,30 BsF, dans la rue, il s’échange contre plus de 185 BsF. Les salaires quant à eux ne suivent pas l’inflation qui découle de cette situation.

Nicolas Maduro et son gouvernement dénoncent une « guerre économique » menée de l’extérieur par les Etats-Unis et de l’intérieur par la bourgeoisie et l’opposition. On redoute de nouvelles « guarimbas », ces émeutes qui ont eu lieu en janvier 2014. Au départ mouvement populaire de protestation, ces manifestations ont dégénéré et ont été présentées par le gouvernement comme une tentative de déstabilisation. Dans ce contexte de tension sociale, le 27 janvier dernier, Nicolas Maduro a fait passer une résolution autorisant les militaires à utiliser des armes à feu lors de manifestations.

Texte et photos :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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3 réflexions sur “Entre pénuries et contrebande au Venezuela

  1. Merci de cet article! Merci de parler du Venezuela qui est dans un tel état de désolation qu’il oblige de très nombreux venezueliens à quitter le pays la mort dans l’âme!

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