Tout est bon dans l’usine à cochon ?

En Vendée, dans l’Ouest de la France, la construction d’une maternité porcine cristallise les tensions. Cloisonnées dans des bâtiments, près de 890 truies donneront naissance à 23.000 porcelets par an dans la petite commune de Poiroux. Quatre personnes suffiront pour gérer l’exploitation. Chaque année, 5.000 tonnes de lisiers seront épandues sur 230 hectares de surfaces agricoles. « Ferme usine » pour ses détracteurs, simple regroupement d’agriculteurs pour ses défenseurs.

Il s’agit de la deuxième installation de ce type à s’implanter en France, après celle de Trébrivan en Bretagne actuellement en activité. La maternité porcine de Poiroux fait figure de symbole, au même titre que la médiatique « ferme des 1000 vaches » dans la Somme pour les mouvements qui luttent contre l’industrialisation de l’agriculture et pour la défense de l’environnement.

Pour Christine Coquenlorge, habitante de Poiroux et porte parole du « Collectif contre l’implantation d’une usine à cochons », le vrai risque c’est la pollution des eaux. « En déjections ça va être l’équivalent d’une ville de 5.000 habitants qui vont être épandus dans les champs et non pas traités dans une station d’épuration. » Les champs sur lesquels sera épandu le lisier sont situés aux sources de plusieurs ruisseaux qui se jettent dans l’océan à une vingtaine de kilomètres de Poiroux.

« Les sols sont déjà saturés en azote », ajoute Jacques Jutel, Président de l’association Terres et Rivières. « Normalement des mesures devraient être prises pour réduire la pression en épandages, en engrais. Les rivières sont en mauvais état et les sols sont fragiles. » Par deux fois la France a été condamnée par la Cour de Justice de l’Union Européenne pour non respect de la directive nitrate, notamment en Vendée.

Au Port de la Guittière, niché au sein du Marais de Talmont, sont installés une cinquantaine d’ostréiculteurs. Ils sont situés à l’embouchure des ruisseaux qui prennent leur source sur les futurs sites d’épandages de Poiroux. Jean-Claude Robin est inquiet pour son activité. Il déplore 50.000 euros de pertes par an depuis cinq ans. « Ce sont plein de facteurs qui s’accumulent » et la maternité porcine de Poiroux est « une problématique supplémentaire ». L’ostréiculteur se désole : « D’un côté on veut défendre le milieu naturel et de l’autre on installe des élevages qui risquent d’amener de nouvelles pollutions. »

A quelques kilomètres de la Roche-sur-Yon, chef-lieu du département, nous avons rendez-vous avec Joël Limouzin sur son exploitation agricole. Le président de la Chambre d’Agriculture de Vendée défend la maternité collective et réfute les arguments de ses opposants. « Ce projet répond à toutes les normes. Les effluents d’élevage pour nous c’est de la fertilisation organique. C’est préférable à l’utilisation d’engrais à base de pétrole. »

Joël Limouzin est également vice-Président de la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA), le puissant syndicat agricole français. Selon lui regroupement est la seule solution offerte aux éleveurs pour rester compétitifs face au poids de la grande distribution qui tire les prix vers le bas.

Eleveur de porcs lui-même, il est excédé par les critiques vis-à-vis de ce projet. « Cette notion de ferme usine est insupportable. Dans mon exploitation nous avons 330 hectares, 300 truies avec engraissement, 150 vaches allaitantes, c’est une ferme usine alors ? Mais nous sommes cinq associés, plus deux salariés. On a aussi envie d’avoir une qualité de vie. On a des familles. On n’est pas simplement là pour travailler du 1er janvier au 31 décembre sans discontinuer. »

De son côté la Confédération Paysanne, qui se bat contre un modèle industriel de l’agriculture dénonce ce mode de production. « Sous couvert d’une prétendue compétitivité, le gouvernement fait le choix d’une agriculture de production sans producteurs, à quoi s’ajoute un déni des préoccupations environnementales et climatiques », rappelle le syndicat dans un communiqué.

Pour Bastien Gaboriau, ancien porte parole de la Confédération Paysanne et éleveur en Vendée, ce sont les aides distribuées par la PAC (Politique Agricole Commune) qu’il faut revoir. Celles-ci ne profitent pas aux petits agriculteurs et vont à l’encontre d’une politique agricole durable et créatrice d’emplois.

Le 4 avril dernier une manifestation aux Sables d’Olonne réunissant 1500 personnes dont plusieurs élus vendéens pour protester contre la maternité collective de Poiroux. Mais aussi contre Sofiprotéol, récemment rebaptisé Avril, un groupe, comme l’indique son site internet, qui « intervient tout au long des filières d’élevage », « de la graine au consommateur ». Via sa filiale Sanders, ce géant de l’agro-industrie française fournira les aliments à la maternité porcine de Poiroux.

Pour le mouvement altermondialiste ATTAC et la Confédération Paysanne, Sofiprotéol et la FNSEA œuvrent main dans la main pour installer ce type d’exploitation. Mille vaches, mille truies, 800.000 poulets. On compte une trentaine de projets achevés ou en cours de construction dans l’hexagone.

La figure clé au cœur de ce système, c’est Xavier Beulin, à la fois Président de la FNSEA et dirigeant de Sofiprotéol. Pour Joël Limouzin, la double casquette de son collègue, « ce n’est pas le sujet ». Le vice-président de la FNSEA fait néanmoins appel à de vrais « schémas de contractualisation » avec Sofiprotéol pour « accompagner le monde de l’élevage. » La holding de l’agro-alimentaire a su se rendre incontournable.

Pendant ce temps-là, sur le chantier de Poiroux, les pelleteuses sont à l’œuvre. La construction de la maternité porcine devrait s’achever en fin d’année. Les opposants au projet comptent bien mener leur combat à terme et obtenir une annulation d’exploitation. Un recours au Tribunal Administratif a été déposé. Le site est surveillé par les gendarmes. Ici on veut surtout éviter que des « zadistes », ces militants qui ont installé des campements à Notre-Dames-des-Landes ou à Sivens, ne viennent occuper le terrain.

« Notre vraie ambition c’est que ça aille au bout. Il serait inacceptable de notre part qu’il y ait des gens occupent le terrain. Nous prendrons les dispositions professionnelles pour faire dégager tout ceux qui pourraient être à même d’aller jouer les zadistes. », prévient de son côté Joël Limouzin.

Texte et photo :
Caroline Pothier & Grégory Salomonovitch

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